Gare de Gokuraku-ji
À Inamuragasaki, nous avons décidé de prendre le train en montée jusqu’à la gare suivante, Gokuraku-ji. En voyant les wagons qui, de nos jours, sont souvent remplis de monde, il est difficile d’imaginer qu’au milieu des années 1960, la compagnie envisageait de fermer la ligne en raison de l’augmentation du nombre de voitures dans la région, qui avait entraîné une forte baisse de la fréquentation. Finalement, l’Enoden a été sauvé par la série télé Oretachi no asa, diffusée à partir d’octobre 1976 sur Nippon Television. De nombreux fans avaient alors entamé des visites autour de la gare de Gokuraku-ji où vivent les personnages principaux, protégeant ainsi la compagnie ferroviaire en difficulté.
Gokuraku-ji ne se contente pas d’offrir pas des lieux issus de la culture pop aux voyageurs curieux : cette petite région tranquille abrite également de magnifiques temples et la destination est appréciée des amateurs de fleurs au printemps et en été. Le bâtiment de la gare lui-même, avec ses cerisiers et sa boîte aux lettres rouge vif en forme de pilier situés à son entrée, est digne de figurer sur des cartes postales. Mais en bon otaku, difficile de ne pas penser à tous les animes inspirés par le quartier, et rien qu’en regardant la gare, on se remémore certaines séquences d’Elfen Lied (2002-2005, édité par Tonkam depuis 2021), de Kamakura Diary ainsi que de Minami Kamakura High School Girls Cycling Club.
Gokuraku-ji, le temple bouddhique au nord-ouest de la gare et qui lui donne son nom, a été fondé en 1259 par Hôjô Shigetoki, un membre du plus puissant clan politique de l’époque de Kamakura (1185-1333), et a été reconstruit à de nombreuses reprises depuis. En se dirigeant vers le nord-est depuis la sortie de la station, on arrive à un pont rouge qui surplombe la gare d’un côté et offre une vue sur le Gokuraku-dô, le seul tunnel de cette ligne, de l’autre.
Si ce lieu est un point d’intérêt pour les fans d’anime, peu de gens savent qu’il apparaît dans l’un des meilleurs films de Kurosawa Akira, Entre le ciel et l’enfer (1963), l’histoire d’un enfant kidnappé pour une rançon. Après sa libération, la police le conduit dans les alentours, et c’est alors qu’il se rappelle de ce tunnel en particulier.
À partir du pont, prenons la route allant vers l’est. Après quelques minutes de trajet, nous atteignons une volée de marche remontant la colline du côté droit du chemin. Nous entrons désormais dans le territoire d’Elfen Lied.
Les escaliers mènent au Jôju-in, un splendide temple bouddhique où se déroulent de nombreux événements de la saga. L’histoire de cette série est de loin la plus sombre de toutes celles abordées dans cet article. Elfen Lied est en effet particulièrement célèbre pour son ambiance mélancolique et sa violence graphique. Cependant, bien que le cimetière du Jôju-in soit le théâtre d’une confrontation majeure et brutale dans l’anime, l’endroit en lui-même est loin d’être effrayant.
Situé sur une colline et au sommet de 108 marches, le Jôju-in était qualifié de « temple de guet » car il servait de citadelle pour la défense de Kamakura. En 1333, une bataille féroce a pris place ici entre Nitta Yoshisada et les forces shogunales qui défendaient Kamakura. Aujourd’hui, cette pente est sûre et paisible, offrant une vue magnifique sur l’océan et la plage de Yuigahama à l’est.
En poursuivant notre balade le long de la même route vers l’est, puis en tournant à gauche pour s’éloigner de l’océan au carrefour suivant, nous arrivons au sanctuaire Goryô. Cet endroit particulièrement populaire pour admirer les hortensias apparaît également dans certaines des œuvres mentionnées précédemment. Juste en face de l’entrée principale, il y a un petit passage à niveau, et en se tenant à l’intérieur de l’enceinte du sanctuaire, on peut prendre de magnifiques photos du portique torii, de l’allée d’hortensias et du train qui passe tout près.
Gare de Yuigahama
Notre dernier arrêt, Yuigahama, se tient au sud du musée de littérature de Kamakura. Ce grand immeuble de style occidental a été bâti en 1936 en tant que villa de Maeda Toshinari, un descendant du seigneur du domaine Kaga (aujourd’hui préfecture d’Ishikawa) de l’époque d’Edo, et a été utilisé comme modèle à la fois de l’Académie pour filles de Fujigaya, un lycée vu dans Fleurs bleues, et pour la maison du personnage principal de Tari Tari. En dehors de ses trésors littéraires, le musée (malheureusement fermé au public pour reconstruction jusqu’en mars 2027) est également connu pour son splendide jardin de roses.
Vous prévoyez de passer la nuit dans la région ? Je vous conseille de réserver une chambre à l’hôtel Kamakura Wakamiya, présenté dans le web novel Super Cub (sérialisé de 2016 à 2021 puis publié sous forme de livre papier, de manga et d’anime) quand des lycéennes passionnées de motos viennent à Kamakura pour un voyage scolaire.
La plage de Yuigahama n’est qu’à quelques pas de distance de l’hôtel. Cet endroit est un lieu clé de l’univers d’Elfen Lied, et le théâtre de plusieurs événements importants. C’est par exemple l’endroit où certains des personnages s’amusaient pendant les vacances d’été de leur enfance.
Si l’endroit vous rend mélancolique, il n’y a rien de mieux pour chasser votre tristesse que d’écouter l’album Surf Bungaku Kamakura (2008) du célèbre groupe de rock alternatif japonais Asian Kung-Fu Generation, dans lequel chaque morceau est nommé d’après une gare de l’Enoden.
Si vous souhaitez pouvoir vous balader en toute liberté aux alentours des gares puis reprendre le train à loisir durant votre visite, nous vous recommandons d’acheter un billet pour un pass d’une journée, pour la modique somme de 800 yens (5,3 euros). Et si possible, évitez les jours fériés et les week-ends : les wagons de l’Enoden sont alors systématiquement remplis de curieux venus effectuer, eux aussi, leur pèlerinage otaku.
(Photo de titre : un train de la ligne Enoden traversant le fameux passage à niveau devant la gare de Kamakura-Kôkômae. © Benjamin Parks)





