Le cerveau des adultes continue d’évoluer
Au Japon, pays du zen par excellence, une nouvelle génération de chercheurs, basée principalement à l’Université de Kyoto et à l’Université Waseda, s’efforce d’élucider les liens entre la méditation et le cerveau.
J’ai rendu visite à Fujino Masahiro, boursier postdoctoral à la Société japonaise pour la promotion de la science (sigle anglais JSPS). Actuellement employé à l’Institut de hautes études pédagogiques de l’Université de Kyoto, Il est à la pointe de la recherche neuroscientifique sur la méditation.
« À la sortie du premier cycle de mes études universitaires, dit Fujino, j’ai travaillé pendant sept ans pour une société de soins médicaux, et l’idée m’est finalement venue que je devais être moi-même en bonne santé avant de pouvoir m’occuper vraiment de la santé des autres. »
C’est à cette époque qu’il a participé à une retraite de méditation de dix jours, où il a pu expérimenter de première main le bien-être qu’apporte cette pratique. Confronté à l’abîme qu’il y avait entre sa propre expérience et les images courantes de la méditation, Fujino a eu le sentiment qu’il se devait de faire quelque chose. Il a démissionné de son emploi et repris le chemin de l’Université de Kyoto, où il s’est consacré à l’étude des neurosciences de la méditation.
« L’une des raisons qui expliquent les progrès spectaculaires de la recherche sur la méditation réside dans le fait que le concept de neuroplasticité – l’idée que le cerveau reste capable de mutation même à l’âge adulte – est désormais largement accepté », explique Fujino. « Jusque dans les années 1990, les neuroscientifiques pensaient que le cerveau perd sa capacité d’évolution quand la personne devient adulte. Mais à mesure que la recherche sur l'évaluation des fonctions cérébrales progressait grâce aux nouvelles techniques telles que l’imagerie par résonance magnétique (IRM), nous avons appris que le cerveau adulte conserve lui aussi sa capacité de mutation. Et en 2004, Richard Davidson, l’un des meilleurs experts des neurosciences de la méditation, a démontré que non seulement le cerveau adulte peut changer, mais qu’en outre la méditation peut contribue à ce changement. »
Anxiété et ralentissement excessif du fonctionnement du cerveau
S’il est un élément qui occupe une place centrale dans la réflexion sur la plasticité, c’est bien le « réseau mode par défaut » (RMD). Lorsque nous utilisons nos sens pour nous engager dans une activité, différentes zones du cerveau fonctionnent de concert en formant des réseaux. Le RMD entre en jeu lorsque nous ne faisons rien de particulier, il intervient dans des processus mentaux passifs tels que le retour sur le passé ou la projection dans l’avenir. En mode par défaut, le cerveau fonctionne comme une machine au ralenti. C’est le temps que nous passons dans cet état qui nous permet d’organiser les événements du passé et d’anticiper ceux qui sont à venir. Mais des études récentes ont montré que l’excès de temps passé en RMD peut conduire à la mélancolie ou à l’angoisse.
En collaboration avec Ueda Yoshiyuki, professeur adjoint pour un programme spécifique au centre de recherche Kokoro de l’Université de Kyoto, Fujino utilise les équipements IRM du centre pour identifier l’action exercée par différents types de méditation sur le cerveau. Les deux chercheurs ont constaté que le Vipassana, ou méditation introspective, dans laquelle le sujet observe minutieusement les sensations corporelles sans y réagir ni les juger, a tendance à affaiblir la corrélation entre le RMD et les zones du cerveau associées aux émotions et à la mémoire.
Les personnes en proie à la dépression ou à l’anxiété sont enclines à ruminer leurs expériences négatives et leurs angoisses à propos de l’avenir. L’affaiblissement du lien entre le RMD et les centres cérébraux dédiés aux émotions et à la mémoire réduit la tendance à ressasser les expériences négatives et peut libérer le sujet des angoisses dues à sa propension à projeter ces traumatismes dans le futur. Fujino s’apprête à publier les résultats de sa recherche dans un journal international, avec l’espoir qu’ils fourniront des indices pour ceux qui sont en quête d’un « sentiment de bonheur de l’instant présent ».


