Hollywood a su reconnaître la passion

Même si Looper a raté de peu la nomination aux Oscars, ce film, ainsi que ses deux précédentes nominations, marque l’entrée de Tsuji Kazuhiro dans le club des grands artistes de la profession à Hollywood.

« Je suis passionné d’effets spéciaux depuis mon enfance. Je n’aimais pas les effets spéciaux kitsch des films de SF japonais, mais j’ai été très impressionné par Star Wars. C’est là que je me suis dit : “Voilà, c’est exactement cela que je veux faire.” Depuis que je suis tout petit, j’adore fabriquer des choses par moi-même, j’ai fabriqué des miniatures, je tournais des films en super-8. »

C’est à la lecture du magazine américain Fangoria, qu’il lisait quand il était lycéen, que son intérêt pour les maquillages effets spéciaux s’est développé. Son premier choc visuel dans ce domaine remonte à la vision d’un maquillage de Dick Smith, grande figure de la profession, pour un acteur qu’il avait réussi à faire ressembler au président Lincoln. Dès cet instant, Tsuji a montré qu’il était fait pour ça : il a immédiatement écrit à Dick Smith pour lui demander conseil, et a commencé à s’entraîner en autodidacte à concevoir des maquillages.

Sa passion et ses efforts ont trouvé leur récompense le lendemain de son diplôme d’études secondaires : Dick Smith, invité comme superviseur des effets spéciaux sur le film Sweet Home (film d’horreur japonais réalisé par Kurosawa Kiyoshi en 1988, produit par Itami Jûzô), invita Tsuji Kazuhiro, qui avait alors à peine 18 ans, à se joindre à l’équipe.

Huit ans après cette entrée dans le milieu professionnel du cinéma, une opportunité d’aller travailler aux États-Unis est apparue, et il a ainsi pu réaliser son rêve d’intégrer l’équipe du studio Rick Baker. À cette époque Rick Baker était déjà le célèbre concepteur des maquillages de Thriller de Mickael Jackson, trois fois lauréat d’un Oscar (il en a sept en tout aujourd’hui). C’est le maître incontesté des maquillages effets spéciaux pour le cinéma. C’est avec Rick Baker que Tsuji Kazuhiro a participé aux tournages de certains des plus grands films hollywoodiens des années 2000, avant de prendre son indépendance en 2007.

Si Tsuji Kazuhiro poursuit son activité en première ligne de la création mondiale, c’est bien évidemment parce qu’il a su gagner la confiance des grands maîtres de sa profession. Mais pour parvenir à ce niveau de maîtrise, quelques efforts ne suffisent pas. Il faut quelque chose d’autre que de la simple technique. Tsuji Kazuhiro a bien voulu nous dire, sous forme d’un message à nos lecteurs, de quoi il s’agissait avant tout :

« Poursuivre son idéal personnel en se distinguant de ce que font les autres. Et puis, garder la passion. Quand on se dit “Ça, je veux le faire quoi qu’il m’en coûte”, c’est ça. Actuellement, une fois par an je viens au Japon pour intervenir en tant qu’enseignant des techniques de maquillage effets spéciaux. J’ai donc l’occasion de côtoyer les jeunes, mais je ne ressens pas leur hargne à faire ce qu’ils ont envie de faire. Je voudrais qu’ils aient cette volonté forte de dire “Je veux faire ça… Je le fais comme ça !” Seuls quelques rares personnes parmi des centaines seront capables de travailler là où ça se passe vraiment. Rappelez-vous : seuls ceux qui sont capables de poursuivre resteront. »

(Interview enregistrée le 21 décembre, 2012)

Looper (États-Unis, 2012)

Réalisation / Scénario : Rian Johnson
Avec : Bruce Willis, Joseph Gordon-Levitt, Emily Blunt
Distribution au Japon : Gaga / Pony Canyon
Date de sortie au Japon : 12 janvier, 2013

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