Je suis atteinte de la maladie chûni-byô...
Mais assez avec les digressions. . . Permettez-moi de revenir à Sound Horizon et à la musique qui m’a vraiment aidé à décoller. Ce n’est qu’un peu plus tard que j’ai appris cela, mais leur musique est souvent considérée comme présentant de nombreux symptômes de la condition sociale connue récemment sous le nom de « chûni-byô » ou littéralement « la maladie des collégiens de deuxième année ».
Et je pense que j’en fait partie.
En fait, cela peut affecter les enfants dès l’âge de huit ans : des cas précoces dont le besoin de se démarquer est si prononcé qu’ils se convainquent parfois qu’ils sont des génies artistiques ou qu’ils ont des pouvoirs spéciaux.
Ma propre introduction au concept est venue d’un anime, sans surprise le classique Love, Chûni-byô and Other Delusions !. Cette série m’a fait découvrir le type de chûni-byô appelé jakigan ou « troisième œil qui peut voir le mal », dans lequel des adolescents gothiques créent un monde imaginaire dans lequel ils vivent leurs fantasmes. Leurs conversations sont parsemées de termes littéraires et philosophiques, ils se réfèrent à eux-mêmes en utilisant des pronoms littéraires désuets à la première personne, et ils sont enclins à parler mystérieusement de concepts tels que « purgatoire » ou « Chat de Schrödinger » et à réciter d’étranges incantations et sorts magiques.
Mon message aux jeunes
Les personnages présentant des symptômes de chûni-byô sont fréquents dans le monde de l’anime et du manga ces jours-ci, et j’ai également rencontré des personnes comme celle-ci dans le monde réel, des étudiants japonais et étrangers. En général, ces individus semblent heurter les gens prétentieux et gênants, mais personnellement je les trouve plutôt attachants. En fin de compte, leur comportement excentrique est le résultat d’une incapacité à contrôler le sens naissant de soi-même, et le besoin de créativité et d’expression de soi qui accompagne l’adolescence. Je trouve les personnes chûni-byô mille fois plus sympathiques que certaines des autres formes de névrose que nous voyons en évidence dans notre société de tous les jours, où de nombreuses personnes atteignent l’âge adulte avec leur sens exagéré de l’ego qui n’est toujours pas apprivoisé et maîtrisé.
En y repensant, j’étais moi-même en deuxième année de collège quand j’ai commencé à apprendre le japonais et à l’écrire... L’un des symptômes classiques du chûni-byô au Japon est que les adolescents annoncent qu’ils en ont terminé avec la J-Pop et refusent d’écouter autre chose que des groupes américains et britanniques. Les symptômes étaient légèrement différents pour moi, ayant grandi à Taiwan. J’en ai eu assez des chansons avec des paroles en chinois et j’ai commencé à écouter exclusivement des chansons japonaises. En fait, bien que le terme n’existait pas encore à l’époque, j’étais probablement moi-même un peu victime du chûni-byô, luttant pour garder le contrôle de mon « moi » et cherchant un exutoire pour mes sentiments refoulés et ma créativité. En me lançant dans l’étude d’une langue étrangère, en écrivant des histoires et finalement en devenant écrivain, j’ai réussi à sublimer mon désir de sens et d’expression. Pour l’exprimer autrement, il n’est peut-être pas exagéré de dire que mon propre combat contre le chûni-byô est devenu un fondement de la créativité.
Donc, mon conseil aux jeunes du pays — même plutôt du monde entier — qui pourraient être diagnostiqués par leur entourage comme présentant tous les signes du chûni-byô : n’ayez pas honte de vos symptômes. Considérez-les comme un cadeau et chérissez-les avec fierté. Ils pourraient simplement vous aider à vous trouver vous-mêmes et à devenir la personne que vous êtes véritablement.
(Photo de titre : Carlos/Pixta)
