De passion en passion, jusqu’à la moto
Nakajima Shirô est renommé pour la beauté de ses customs, une réputation dont il est fier, même si pour lui, l’esthétique n’est pas l’une de ses principales priorités. « Je ne suis pas quelqu’un qui travaille selon son inspiration ou qui laisserait libre cours à son imagination comme le ferait un artiste par exemple » explique-t-il. « En fait, je suis totalement perdu lorsqu’on me donne carte blanche. » Pour lui, c’est le respect des préférences de la personne qui a commandé la moto qui fait l’attrait artistique de l’engin qu’il construit. Il ne fait que, dit-il, améliorer les qualités inhérentes de la machine. « Il s’agit ni plus ni moins de mettre en valeur les différentes caractéristiques existantes d’une moto et d’en améliorer les performances. »
Décrivant le processus de travail, il explique que la première étape consiste à définir avec le client quel genre d’engin il recherche. « Cela permet de comprendre quelles caractéristiques et quelles fonctions seront à inclure, ainsi que la forme finale qui sera donnée à la machine » ajoute-t-il. « Moi, à partir de là, je ne fais qu’apporter de légères améliorations et j’ajuste les différents composants, au millimètre près, un processus qui confère beauté et fonctionnalité à la machine. »
Nakajima Shirô a toujours été de ceux qui s’adonnent à leurs passions jusqu’au bout. Et ce dès l’enfance ; il lui suffisait de commencer une nouvelle activité pour être complètement absorbé. À l’école primaire, il est devenu opérateur radio amateur, une activité qui lui a permis de rencontrer de nombreuses personnes et de s’intéresser à leur parcours. Sa mère voulait qu’il apprenne le piano mais n’en faisant qu’à sa tête, il s’est mis à la guitare, ce qui développera son intérêt pour la musique. Il en sera de même pour les mangas, les voitures anciennes et, enfin, les motos.
Son premier emploi à l’âge adulte consistait à éditer un magazine de motos, un premier contact concret avec les deux roues. Parallèlement, il poursuit une carrière dans la musique, tantôt musicien à la guitare, tantôt compositeur et producteur pour d’autres artistes. Cependant, plus qu’une véritable passion, c’était pour lui des moyens de s’occuper et de passer le temps. Mais le moto custom, pour lui, c’était autre chose.
Aujourd’hui constructeur de motos reconnu, Nakajima Shirô refuse de se reposer sur ses lauriers et est prêt à relever de nouveaux défis. Avec sa récente exposition qu’il a lui-même organisée, il tente de présenter les motos custom non plus comme de simples objets mais comme de véritables œuvres d’art.
« N’importe qui peut imiter ce que je fais »
Nakajima Shirô possède également sa propre chaîne YouTube. Il y met des vidéos en ligne où il présente ses techniques de moto custom. L’objectif est de faire découvrir son atelier 46works et d’offrir aux amateurs de motos un aperçu divertissant du processus de fabrication des engins. La chaîne compte quelque 170 000 abonnés originaires du monde entier, heureux d’admirer ses compétences et son expérience sans pareil.
Certains s’étonnent que Nakajima Shirô accepte de partager ses techniques et son savoir-faire en ligne. Mais lui, il n’imagine pas que des imitateurs puissent lui voler ses techniques. « N’importe qui, s’il se sent prêt à le faire, peut m’imiter et faire ce que je fais. Pourquoi pas ? » dit-il sans se décontenancer. « Traditionnellement, la personnalisation consiste pour les constructeurs à exécuter des commandes pour leurs clients. Moi, ce que je veux, c’est amener l’industrie au-delà de ce modèle. Partager des techniques et d’autres informations par le biais de vidéos m’a semblé être un bon point de départ pour parvenir à cet objectif. »
Ambitieux et passionné lorsqu’il s’agit de ce qu’il aime, Nakajima est fermement convaincu qu’il n’est pas le seul à partager ces passions. Cette conviction lui donne la confiance nécessaire pour continuer à fabriquer des motos customs à couper le souffle, mais aussi et surtout pour partager ses créations et ses compétences avec des personnes du monde entier rassemblées autour d’une seule et même passion.
(Photo de titre : © Nakajima Shirô)


