L’importance excessive accordée aux couleurs
En fait, on pourrait aller jusqu’à dire que la signalétique des toilettes limitée à des pictogrammes de deux couleurs différentes a pris, d’une certaine manière, une place excessive au Japon, d’autant plus qu’elle est souvent extrêmement discrète. On trouve de moins en moins de WC publics comportant des panneaux avec les inscriptions « Toilet », « Men » et « Women » ou leurs équivalents en japonais. Pour les habitants de l’Archipel, c’est la couleur bien plus que l’icône elle-même qui prime en tant que critère de repérage. D’ailleurs dans certains restaurants, les WC sont uniquement signalés par une porte bleue (ou bleu clair) pour les hommes et une porte rouge (ou rose) pour les femmes. Mais les visiteurs étrangers qui ne connaissent pas la signification des symboles et des couleurs en usage au Japon risquent d’avoir toutes les peines du monde à trouver des toilettes.
En 2020, Tokyo accueillera les Jeux olympiques et paralympiques. Et la ville d’Osaka vient quant à elle d’être désignée pour abriter l’Exposition universelle de 2025. La signalétique mise en œuvre il y a près de 60 ans dans l’Archipel doit donc être modifiée de façon à permettre à ceux qui ignorent le sens des codes de couleur utilisés sur place et aux daltoniens d’accéder sans peine aux toilettes. Certains, de plus en plus nombreux, ont déjà pris les devants en mettant en place des pictogrammes monochromes et des panneaux comportant des inscriptions dans leurs locaux.
Le mouvement pour les toilettes universelles
On assiste par ailleurs au développement d’un mouvement en faveur de toilettes universelles (appelées aussi « toilettes neutres ») accessibles à tous sans distinction de sexe. La signalétique des WC situés à côté de la mairie de Shibuya est de couleur arc-en-ciel à l’instar du drapeau irisé du mouvement LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). Il est vrai que ce quartier est l’un des premiers de Tokyo à avoir délivré à des couples homosexuels une attestation de partenariat civil leur donnant en partie les mêmes droits qu’un certificat de mariage. Certains établissements, notamment le magasin de discount Mega Don Quijote de Shibuya et plusieurs hôtels de Kyoto qui accueillent un nombre toujours croissant de touristes étrangers, ont adopté une nouvelle signalétique universelle comportant une silhouette vêtue d’un côté d’un pantalon et de l’autre d’une jupe, qui est allé jusqu’à susciter l’effet inverse de celui espéré.
Vers une normalisation des tableaux de commande des WC high-tech
Dans le même temps, les toilettes multi-usages destinées à une large frange de la population, depuis les handicapés jusqu’aux parents accompagnés de jeunes enfants, sont en train de se généraliser dans tout le Japon (voir article Les WC high-tech dans plus de 80 % des logements japonais). Mais au fil des années, le tableau de commande de ces équipements sanitaires est devenu de plus en plus sophistiqué. Au point qu’il m’arrive parfois à moi aussi d’avoir du mal à trouver la touche de la « chasse d’eau », bien que j’aie déjà une grande expérience de ce type de WC.
Heureusement, depuis 2017, les symboles figurant sur le tableau de commande de tous les WC multi-usages doivent être obligatoirement identiques. Avec un peu de chance, les touristes venus de l’étranger réussiront à s’y retrouver et ils garderont un excellent souvenir des toilettes électroniques de l’Archipel.
L’uniformisation de la signalétique des toilettes et des icônes des tableaux de commande des WC high-tech est indéniablement une preuve d’ouverture d’esprit et d’attention à l’autre, quel qu’il soit. Et de ce point de vue, c’est quelque chose de formidable. Mais pour moi qui suis toujours à l’affût de ce qu’il peut y avoir d’original et de singulier dans la signalisation des WC, c’est aussi une petite déception. Parce que cela veut dire qu’il y aura de moins en moins de créativité dans les panneaux utilisés pour indiquer les toilettes. Et c’est bien dommage !
(D’après un article en japonais du 7 décembre 2018. Photos : Maritomo. Photo de titre : entrée des toilettes publiques de la sortie nord de la gare de Kôenji, dans l’arrondissement de Suginami, à Tokyo)



