Les quotas applicables à la passation des marchés

Les quotas de commandes pour les entreprises récentes devraient permettre d’encourager les activités innovantes en facilitant l’apparition de nouvelles entreprises (start-ups) et de firmes-rejeton (spin-off) par les grandes sociétés. Au début de l’époque Meiji (1868-1912), l’ascension sociale des guerriers de rang inférieur a permis le développement de nouvelles activités économiques et, dans la période de l’après-guerre, la dissolution des grands conglomérats industriels et financiers (zaibatsu) associée à l’épuration du patronat a eu un effet comparable. Après la catastrophe du 11 mars, le Japon doit une fois de plus ouvrir un nouvel espace économique pour faciliter le processus de la reconstruction. Faute de quoi les entreprises en place continueront à utiliser des méthodes conventionnelles qui font obstacle à l’innovation. Le quota appliqué aux attributions de marchés à des petites entreprises locales devrait permettre non seulement de créer des emplois, mais aussi d’attirer les ressources humaines nécessaires. Il semblerait que de nombreux jeunes aient déjà pris le chemin du Tôhoku ou soient en train d’y retourner pour prendre part à la reconstruction de la région. On doit dès maintenant se préparer sur place pour qu’ils puissent se mettre au travail. 

Le quota appliqué aux attributions de marchés à des firmes étrangères est tout aussi important. Comme l’a souligné l’architecte Andô Tadao, ces entreprises ne manifesteront d’intérêt pour la construction de villes nouvelles dernier cri que s’il s’agit de projets d’avant-garde. Qui plus est, ces projets doivent être suffisamment intéressants pour attirer les investisseurs. Un quota de passations de marchés devrait à coup sûr retenir l’attention des entreprises étrangères et il aurait bien d’autres mérites. Dans le domaine des travaux publics, la participation de firmes étrangères à des chantiers mettrait probablement un terme aux pratiques d’exclusion de la concurrence et le prix à payer pour remporter les appels d’offre pourrait diminuer de façon considérable. Cela devrait aussi permettre l’apparition de méthodes innovantes reposant sur des conceptions très diverses. Du fait de la catastrophe du 11 mars, le Japon est devenu le premier pays au monde en termes de montant de l’aide reçue de l’extérieur. En réponse à ce mouvement de solidarité, il se doit de partager avec le reste du monde les bienfaits dont il bénéficie. Cette ouverture spontanée au monde sera la troisième dans l’histoire du Japon, après la Restauration de Meiji et la période de l’après-guerre.

La décentralisation : une nécessité

Maintenant que le Japon commence à envisager de construire des éco-cités et des villes intelligentes, il est temps d’admettre que le changement de paradigme implique la fin de la concentration de toutes les fonctions à Tokyo et la mise en place d’un système décentralisé avec une plus grande autonomie régionale. La création de nouvelles municipalités constitue une entorse au paradigme qui voulait que l’ensemble du Japon ait le même niveau de  développement. Conformément aux « Plans de développement d’ensemble du pays », des villes pratiquement identiques ont été construites dans toutes les régions du Japon, sans tenir compte des caractéristiques climatiques et géographiques de chacune. Mais ce qu’il faut à présent, c’est un plan de développement qui s’appuie sur les particularités de chaque région. Si les abords des gares et des aéroports du Japon se ressemblent tous à s’y méprendre et si le pays est couvert de zones urbaines tentaculaires, c’est à cause des directives des quatre « Plans de développement d’ensemble du pays » successifs mis en œuvre depuis 1962. Pour construire des éco-cités et des villes intelligentes, il faut adopter une nouvelle approche. Elles doivent en premier lieu être alimentées par de l’électricité locale et d’origine solaire, éolienne, géothermique ou produite à partir de la biomasse et du bois des palettes. Ensuite, il faut abandonner la conception urbaine du XXe siècle qui a contraint les habitants des villes à faire de longs trajets entre la périphérie où ils résidaient et le centre où ils travaillaient, tout simplement parce que ce système est responsable d’une consommation excessive d’énergie. La ville doit être conçue comme un espace cohérent où il fait bon vivre, avec des logements, des lieux de travail, des établissements scolaires, et des installations de loisirs proches les uns des autres.

La création de villes économes en énergie n’est guère compatible avec un gouvernement hypercentralisé imposant d’en haut ses normes standardisées. Elle va de pair avec des autorités régionales dotées de pouvoirs discrétionnaires. La décentralisation est également souhaitable du point de vue de la gestion des risques par l’État. La catastrophe du 11 mars a clairement montré à quel point il est dangereux de concentrer le pouvoir administratif dans une seule région. Si un séisme de grande ampleur venait à frapper directement la région du Kantô, l’État serait complètement paralysé, du simple fait que l’administration, les entreprises et les medias sont tous concentrés dans la métropole de Tokyo. Le redressement du Japon se ferait dans une extrême confusion.