Les manuels d’histoire américains et la guerre en Asie
Certains seront sans doute surpris d’apprendre que les manuels d’histoire américains proposent une version toute aussi triomphaliste de la période de la guerre. The American Pageant, un des ouvrages les plus utilisés aux Etats-Unis, décrit la guerre comme un tournant capital dans l’affirmation du pays sur la scène internationale. Avant la guerre, le peuple américain vivait en retrait du monde extérieur, drapé qu’il était dans une politique isolationniste de l’autruche. L’attaque de Pearl Harbor lui a fait brutalement prendre conscience que l’isolationnisme n’était plus de mise dans un monde en proie à l’anarchie. L’unité du peuple américain, qui s’est forgée à partir de cet événement, et la puissance économique des USA ont permis la victoire à l’issue d’un combat à l’échelle de la planète contre le fascisme, la dictature et le militarisme.
Les manuels d’histoire américains présentent sans détour le Japon comme un agresseur avide de pouvoir et les Etats-Unis pratiquement comme une victime innocente de la perfidie japonaise. Les ouvrages consacrés à l’histoire mondiale donnent un peu plus de détails sur les débuts de la Guerre du pacifique, y compris la guerre sino-japonaise et la montée des tensions entre le Japon et les USA durant les mois qui ont précédé l’attaque de Pearl Harbor. Mais les manuels de l’enseignement primaire ont tendance à passer la guerre en Asie sous silence. Si l’on se fie à leur contenu, c’est Pearl Harbor qui a déclenché les hostilités et ce sont les bombes atomiques de Hiroshima et Nagasaki qui ont mis un terme à la guerre. Toutefois les livres d’histoire américains prennent soin de fournir aux élèves des arguments pour et contre la décision de recourir à l’arme atomique alors que ceux de l’Asie ne font pas la moindre allusion à un possible débat.(*5)
D’après la version américaine, la victoire a fait des Etats-Unis la plus grande puissance du monde, une approche qui rappelle curieusement celle des manuels chinois. Le triomphe américain, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, a marqué le début des hostilités avec le bloc soviétique. Les Américains, conscients des dangers de l’isolationnisme et d’une politique de conciliation, étaient prêts à se servir de leur statut de puissance mondiale pour se lancer dans un nouveau combat contre la menace communiste.
Dans leur formulation, les livres d’histoire américains affichent un nationalisme moins flagrant que celui des manuels chinois, mais ils n’en prennent pas moins la défense de la politique du pays durant la Guerre froide d’une façon qui rappelle par bien des côtés la justification du triomphe du Parti communiste. La version de la guerre proposée par The American Pageant s’inscrit dans la droite ligne de l’internationalisme libéral et de l’interventionnisme conservateur qui ont sous-tendu la politique étrangère du gouvernement américain depuis Truman et Acheson jusqu’à Nixon et Kissinger. Et comme une grande partie de la culture américaine, elle considère la Seconde Guerre mondiale comme une « bonne guerre ».


