Des tendances protectionnistes

L’aspect le plus inquiétant du gouvernement Trump réside dans son penchant pour le protectionnisme. Le 23 janvier, juste après son entrée à la Maison blanche, Donald Trump a signé un décret ordonnant le retrait des États-Unis du Partenariat trans-pacifique (TPP). Ses attaques contre des entreprises comme Toyota suscitent aussi des préoccupations quant à la ligne de conduite qu’il entend adopter dans le domaine des échanges.

Le projet de réforme fiscale du gouvernement Trump prévoit l’introduction d’une taxe transfrontalière de 20 % sur les importations. En Europe, il existe une TVA d’environ 20 % sur les produits, et les exportations américaines y sont soumises. Les produits européens exportés aux États-Unis en sont exemptés. Telle est la nature de la taxe, mais le gouvernement Trump considère qu’elle introduit une forme d’iniquité dans les échanges, et c’est la raison pour laquelle il se propose de mettre en place la nouvelle taxe transfrontalière.

Je ne sais pas si cette mesure obtiendra l’approbation du Congrès, indispensable à son application. Mais si un droit de douane de 20 % devait être prélevé sur les importations, ce serait un coup sévère infligé aux constructeurs automobiles japonais, qui exportent de nombreux véhicules aux États-Unis tant depuis le Japon que depuis le Mexique. C’est d’ailleurs à ce risque protectionniste que certains attribuent la stagnation du cours des actions des fabricants d’automobiles japonais depuis l’accès de Donald Trump à la présidence.

Une grande incertitude plane sur la politique commerciale de Donald Trump. S’il tient les engagements pris pendant sa campagne électorale, l’industrie japonaise risque en vérité de connaître des temps difficiles. Mais certains pensent qu’il ne tiendra pas les promesses qu’il a faites pendant la bataille pour les élections. L’abîme qui sépare les points de vue pessimistes et optimistes est le fruit de cette incertitude.

Vers un nouvel accord de libre échange ?

Les entreprises japonaises n’ont pas oublié le conflit commercial qu’elles ont eu avec les États-Unis dans les années 1980 et 1990. Elles savent qu’elles doivent être prêtes à réagir promptement à des initiatives imprévues. Il est en outre essentiel que s’instaure un véritable dialogue au niveau gouvernemental.

C’est avec la Chine et le Mexique que les États-Unis ont leurs plus graves problèmes commerciaux ; pour le moment, il est peu probable qu’ils exercent des pressions directes sur le Japon. Suite à la rencontre de février entre le Premier ministre Abe Shinzô et le président Trump, un processus de négociations entre le vice-premier ministre Asô Tarô et le vice-président Mike Pence va aussi se mettre en place. C’est une bonne nouvelle. On peut espérer qu’il débouchera sur des discussions touchant à divers sujets.

Il sera intéressant de voir si les deux pays engagent des négociations en vue d’un accord de libre échange ou de partenariat économique destiné à se substituer au TPP. Un tel accord avec les États-Unis, principal partenaire commercial du Japon et première destination pour ses investissements, serait très intéressant pour le pays. Dans l’état actuel des choses, il est toutefois difficile de prévoir si le Japon sera en mesure de s’engager dans des négociations en ce qui concerne l’agriculture et d’autres sujets sensibles.

(D’après un original japonais du 5 avril 2017. Photo de titre : Donald Trump s'exprime devant le Congrès américain pour présenter sa vision politique, le 28 février 2017. The New York Times/Aflo)