L’ethnologie pour saisir l’être de l’homme
Les masques et les statues de divinités, nés des pratiques religieuses fondamentales et de la vie quotidienne des gens, que Tarô, alors âgé de 26 ans, rencontre au Musée de l’Homme, ouvert en 1937 sur le site de l’Exposition universelle de Paris, l’impressionnent fortement. Puis, étudiant à l’Université de Paris, il développe son expertise en ethnologie auprès de l’anthropologue Marcel Mauss.
Tarô a tenté d’établir un mythe moderne dans la société contemporaine à travers l’art à partir de ce qui fait le sens de la vie humaine révélés par l’ethnologie : la liberté, les rapports de la vie et de la mort, et la fierté.
Dans l’espace sous la « Tour du Soleil », lors de l’Exposition universelle d’Osaka de 1970, d’innombrables artefacts, en particulier des statues de divinités et des masques collectés dans le monde entier par des chercheurs sous la direction de Tarô, remplissaient la zone marquée par le « Soleil souterrain » voulu par Tarô. Ces matériaux font aujourd’hui partie des collections du Musée national d’ethnologie, qui a ouvert ses portes sept ans après l’Expo’70.

Tarô a commencé sa carrière à Paris en 1930, à l’âge de 19 ans, mais à l’exception de quelques retours temporaires dans sa patrie et de sa mobilisation pendant la guerre, ce n’est qu’en 1946, à l’âge de 35 ans, qu’il s’est mis à retravailler de façon constante au Japon. Une vie familiale visant la suprématie artistique pendant son enfance l’avait relié à Paris, où l’art était florissant, dans les années 1930. Autrement dit, quand l’après-guerre débute, il avait passé la moitié de sa vie dans la capitale française, quelque peu éloigné des Japonais, physiquement, mais aussi sur le plan intellectuel et émotionnel. Après le conflit, son expérience de vie peu représentative de celle de ses compatriotes le conduira à une vie unique au Japon, dans laquelle il cherchera à transcender la réalité.
Sa détermination après la guerre
Sa formation en philosophie et en ethnographie, qui l’avait conduit à rechercher le sens de l’existence humaine, l’a poussé à avoir cette réflexion : « Je suis toujours un étranger en Europe et à moins d’être prêt à me battre sur le champ de mes racines japonaises, je ne développerai jamais un authentique forme artistique. » La Seconde Guerre mondiale approchait de Paris et lorsque l’armée allemande envahit la France en 1940, Tarô embarqua sur le dernier bateau qui rentrait au Japon.
De retour au bercail en 1941, il expose ses œuvres en tant que peintre à la Nika-kai, une organisation artistique, où il remporte un prix et organise une exposition personnelle. En 1942 toutefois, à l’âge de 31 ans, il est enrôlé comme soldat sur le front chinois et passe environ quatre ans et demi sur un champ de bataille absurde, où la dignité humaine est exposée à des conditions extrêmes, sans rapport avec l’art.
Lorsqu’il rentre au Japon en juin 1946, après la fin du conflit, toutes les œuvres qu’il avait peintes jusqu’alors, ainsi que sa maison de Tokyo, ont été détruites. C’est alors qu’il décide, brisé par la violence de la guerre, de s’élever à une originalité encore plus intense, mais cette fois sous son vrai nom japonais Okamoto Tarô, et non pas sous le nom qu’il avait utilisé à Paris, écrit en alphabet « Taro Okamoto », nourri d’art et d’ethnographie parisienne. La trajectoire de Tarô dans l’après-guerre a été une tentative de relier l’art à la société et à la vie dans les contradictions particulièrement complexes du Japon moderne.
Tout d’abord, il remet en question l’ancienne structure du monde de l’art japonais et, en 1948, il lance le mouvement artistique d’avant-garde « Yoru no Kai » (La réunion de nuit)avec l’homme de lettres Hanada Kiyoteru et d’autres, à la recherche d’un art nouveau adapté à la société japonaise contemporaine. Finalement, il change d’orientation pour ouvrir ce nouvel art à tous les membres de la société. En 1954, il crée son studio et en fait l’Institut d’art contemporain (aujourd’hui le Okamoto Tarô Memorial Museum), réunissant des artistes, des designers et des architectes de tous horizons.
Dans un livre qu’il publie cette même année, Kyô no geijutsu (L’Art d’aujourd’hui), il affirme que toutes les personnes vivant avec les problèmes de la société contemporaine, la pollution, la Guerre froide et le mépris des droits humains, qui sont une conséquence négative de la croissance économique, devraient tous devenir des artistes qui changent le présent et créent de nouvelles valeurs afin de vivre une vie épanouie. Les activités de Tarô se sont étendues à tous les domaines de la société, y compris les arts de la scène, le design, l’architecture, le cinéma, les performances artistiques et la critique, et il s’est plus tard donné le titre d'« être humain ».

