Dans le cœur d’un survivant

Le Mugonkan, érigé par Kuboshima Seiichirô, originaire de Tokyo, est né de sa rencontre avec le peintre Nomiyama Gyôji, aujourd’hui âgé de 96 ans. M. Nomiyama, diplômé de l’École des beaux-arts de Tokyo (actuellement l’Université des arts de Tokyo) en 1942, est parti sur le front dès son diplôme en poche ; tombé malade en Mandchourie, il a été rapatrié pendant la guerre.

En février 1994, l’année suivant le cinquantenaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, M. Nomiyama a visité le Musée du dessin de Shinano, ouvert par M. Kuboshima à Ueda. L’établissement est consacré aux œuvres d’artistes du début du XXe siècle morts trop tôt, pour lesquels M. Kuboshima s’est passionné.

À cette occasion, M. Nomiyama lui a expliqué que de nombreux jeunes artistes talentueux avaient été fauchés par la guerre dans la fleur de l’âge. En un demi-siècle, jamais il n’a oublié ses camarades ayant succombé à leurs blessures ou à la faim. Il craignait de voir « les œuvres de ces artistes morts avant de se faire un nom disparaître sans aucune reconnaissance ».

M. Kuboshima lui a alors proposé de l’aider à retrouver ces tableaux. Ils ont commencé par contacter les familles, à partir des listes de diplômés des écoles des beaux-arts. Le chemin a été long, à rendre visite à chacune d’entre elles à travers tout le Japon, mais ils étaient mus par un puissant objectif : éviter la disparition de ces œuvres.

La deuxième salle d’exposition, en contrebas du musée

À l’époque, M. Kuboshima n’imaginait pas construire un musée pour ces tableaux, il pensait seulement leur réserver un espace d’exposition au sein du Musée du dessin de Shinano. De plus, les œuvres retrouvées étaient souvent d’un niveau inférieur à celui requis aujourd’hui pour intégrer les beaux-arts. Du moins, tel était le jugement de M. Kuboshima, qui avait construit son propre musée pour abriter sa collection de dessins de la main d’artistes de génie fauchés trop jeunes.