Vingt ans après, la dure réalité

Vingt années se sont écoulées. Le Mugonkan abrite aujourd’hui environ 700 peintures réalisées par 130 aspirant-peintres. Après l’ouverture, les dons d’œuvres ont afflué. Une deuxième salle d’exposition a été construite pour faire face.

Mais, inversement, le nombre de visiteurs diminue. Dans les premières années, le musée accueillait quelque 100 000 personnes par an ; aujourd’hui, on compte moins de 40 000 visiteurs. L’établissement se trouve dans une situation financière délicate.

Plus de 70 ans après la guerre, les tableaux sont en mauvais état. Mais il est impossible de restaurer la totalité des 700 œuvres. Les efforts de restauration et de reproduction visent à sauver au moins une œuvre par artiste. Il faut aussi payer les dix employés des deux musées et les frais de maintenance. M. Kuboshima s’est endetté jusqu’à l’âge de 82 ans pour financer la construction du musée.

Effets personnels des artistes exposés dans le bâtiment principal

M. Kuboshima a aussi essuyé quelques déceptions ces vingt dernières années. En effet, le Mugonkan est souvent vu comme un symbole tragique. Tous les ans au mois d’août, les médias gravissent la côte qui mène au bâtiment et rappellent la tragédie qui a brisé la carrière de ces jeunes peintres disparus. Un choix qui interpelle M. Kuboshima :

« Leurs peintures n’ont rien à voir avec le pacifisme ou le neuvième article de la Constitution. Ils peignaient juste ceux qu’ils aimaient. Leurs œuvres renferment cette joie. »

Les tableaux ne sont-ils pas utilisés au nom de la guerre ? Qu’en penseraient les jeunes peintres décédés ? Ces interrogations le tourmentent.