Taxer les temples et sanctuaires ?
Murayama propose de construire une ligne de métro qui ferait le tour du centre de la ville afin de remédier aux embouteillages chroniques des principales lignes de bus. Elle relierait les gares de Kyoto, à Gojô, Gion, Demachi-Yanagi, Kita-ôji, et Nishi-ôji. Son financement pourrait se faire par les revenus de la taxe d'hébergement introduite en 2018, qui a rapporté 4 milliards de yens pendant l'exercice 2019.
Il souligne aussi que les bénéficiaires du boom touristique de ces dernières années, à commencer par les temples et les sanctuaires, devraient plus contribuer au développement des infrastructures touristiques.
« Depuis longtemps, les habitants de Kyoto estimaient que les temples et les sanctuaires devraient être taxés. Mais l'échec de la tentative de la ville en ce sens dans les années 1980 a fait que ce sujet est aujourd'hui tabou. »
En 1985, la ville a pris une ordonnance imposant une « taxe de l'ancienne capitale » d'un montant de 50 yens sur chaque billet d'entrée dans les temples et sanctuaires. Ceux-ci y étaient opposés et ont alors fermé leurs portes aux visiteurs. Le nombre de touristes a connu une une baisse drastique. Après deux ans d'impasse, la ville a aboli cette taxe. Depuis, les relations entre la ville et les groupements religieux sont tendues.
« Il faut réfléchir à comment obtenir leur coopération pour trouver une alternative à cette taxe. Les temples et les sanctuaires comprennent que l'activité touristique gêne la population locale, et ils commencent à se rendre compte qu'ils doivent aussi coopérer à la recherche d'une amélioration sous une forme ou une autre, et à prendre conscience de la nécessité d'en discuter. »
Disperser les touristes ailleurs que dans les grandes villes
Le nombre de touristes étrangers au Japon devrait atteindre un nouveau record avec les Jeux olympiques 2020 de Tokyo. Au fur et à mesure qu'avancent les travaux pour les accueillir, on commence enfin à débattre, à Kyoto mais aussi dans d'autres régions, du coût du tourisme et la manière de le réglementer et de partager ses bienfaits. Le gouvernement s'est fixé l'objectif de faire venir au Japon 40 millions de touristes en 2020. Il souhaite que ce chiffre atteigne 60 millions d'ici à 2030.
Cet objectif ambitieux est critiqué, et une opinion particulière se répand. Selon elle, Kyoto doit sortir du modèle classique du tourisme de masse, où il faudrait faire venir le plus de monde possible pour qu'ils visitent les endroits les plus célèbres. Cette méthode n'est pas en phase avec notre époque. Beaucoup d'experts comme Alex Kerr, un fin connaisseur des arts et de la culture de l'Asie de l'Est, soulignent que le Japon doit contrôler plus efficacement le nombre de touristes et renforcer la protection de son patrimoine naturel et culturel. Et qu'il faut promouvoir le tourisme haut de gamme, c'est-à-dire attirer des visiteurs moins nombreux certes, mais plus fortunés.
Un mouvement dans cette direction se dessine, même s'il est loin d'être suffisant. Une des mesures pour arriver à ce but est d'augmenter le prix d'entrée dans les lieux culturels les plus célèbres. Des tentatives pour mieux répartir les touristes en leur vantant les mérites de régions et de lieux touristiques moins connus connaissent le succès. La dépense des voyageurs étrangers à l'extérieur des grandes villes progresse rapidement. En 2018, elle représentait 30 % du total. (Voir notre article lié : Moins de shopping et plus d’aventure pour les visiteurs étrangers au Japon)
Les villes de Nara, Niseko, Sapporo et Kita-Kyûshu réfléchissent aujourd'hui à l'introduction d'une taxe d'hébergement, en s'inspirant des exemples de Kyoto et d'Osaka. La ville de Hatsukaichi où se trouve Miyajima, dans la préfecture de Hiroshima, et l'île de Taketomi, à Okinawa, ont introduit une taxation des touristes, dont les revenus servent à renforcer les infrastructures nécessaires pour faire face à leur nombre croissant.
Le gouvernement fait preuve d'une relative mansuétude vis-à-vis de l'adoption par les collectivités locales de telles ordonnances et taxes liées au tourisme, comme en atteste sa réaction à l'introduction par la ville de Kyoto d'une taxe d'hébergement et de mesures renforcées pour limiter les minpaku et autres logements de type Airbnb.
Un problème politique qui ne peut plus être ignoré
Le débat sur le tourisme et la mise en place d'un cadre juridique est rentré dans une phase décisive, et il s'est élargi au point de devenir aujourd'hui un sujet politique pour les régions.
Pour M. Murayama, il était jusqu'à présent très difficile de faire des nuisances du tourisme un sujet de discussion pendant une élection, parce que la différence d'attitude entre les gens directement affectés, par exemple ceux qui vivent à proximité de lieux touristiques recherchés, et ceux qui ne le sont pas, était importante.
« Il y a des élus qui s'intéressent à cette question dans les conseils municipaux, mais il n'existe pas de différences claires de point de vue entre les différents partis. Même dans cette élection à Kyoto où le tourisme est un sujet, la position des différents candidats n'est pas très nette », ajoute-t-il.
Les nuisances touristiques sont aujourd'hui un problème politique qui ne peut plus être ignoré. Toute la question est de savoir comment trouver un équilibre entre les avantages et les désavantages des touristes, des acteurs économiques locaux et des habitants. Les élus locaux comme les électeurs doivent y réfléchir.
(Ndlr : Murayama Shôei a fait du tourisme de masse à Kyoto son argument principal de campagne pour les élections muncipales du 2 février 2020. Il a été battu par le maire sortant Kadokawa Daisuke, qui a été élu pour la quatrième fois.)
(Photo de titre : un panneau à l’intention des touristes les avertissant sur les attitudes à éviter, dans le quartier de Gion, à Kyoto)