Bouddhistes, catholiques et chrétiens cachés s’unissent
Cinq années se sont écoulées depuis son inscription au patrimoine mondial, mais contrairement à des lieux comme l’église de Ôura, au centre de Nagasaki, qui est visitée de nombreux touristes, y compris étrangers, la région de Sotome est calme. On espère qu’un plus grand nombre de personnes visiteront la région, mais pour cela, il est essentiel d’améliorer l’accessibilité. Chaque village est situé le long d’une ligne de bus et les sites historiques sont proches les uns des autres, mais il n’y a qu’un seul bus par heure. Une navette ou un service de bus communautaire serait plus pratique.
L’absence de sur-tourisme a néanmoins ses avantages. Les visiteurs peuvent ainsi prendre leur temps et visiter tranquillement les différentes installations et d’interagir avec les habitants.
Lorsque je croise des habitants sur la route, ils me saluent spontanément. Après avoir quitté l’église de Kurosaki, je suis remonté sur la montagne pour prendre des photos, et mon regard a croisé celui d’un homme qui travaillait dans son jardin. Je l’ai salué et lui ai dit que j’étais venu de Tokyo pour voir le site du patrimoine mondial. « J’ai travaillé à Tokyo pendant dix ans après avoir terminé mes études secondaires, avant de reprendre l’entreprise familiale. Je parle donc bien la langue de la capitale », me répond-il en souriant.
Après avoir parlé des spécialités de la région telles que le yukô (un agrume aromatique proche du yuzu) et les « sômen du père de Rotz », j’ai abordé le sujet du sanctuaire de Karematsu. L’homme m’a appris qu’il y avait un cimetière commun bouddhiste et chrétien près du sanctuaire et que chaque automne, les bouddhistes, les catholiques et les chrétiens cachés se réunissaient pour un service commémoratif commun.
Il fallait absolument que je le voie. J’y suis donc retourné et effectivement, il y a bien un cimetière relativement récent sur le chemin à côté du pavillon du sanctuaire. Outre les pierres tombales de style bouddhiste et chrétien, il y a également un monument qui m’a semblé être d’origine taoïste.
Des recherches dans les journaux locaux et quelques livres m’ont confirmé que des services commémoratifs conjoints ont été organisés en privé chaque année depuis 2000, aux alentours du mois de novembre.
Après l’abolition de l’interdiction du christianisme en 1873, trois groupes de chrétiens cachés se sont formés séparément dans la région de Kurosaki. Certains deviennent bouddhistes du temple Tempuku-ji (quartier de Kashiyama-machi, ville de Nagasaki), d’autres deviennent « officiellement » catholiques romains après avoir été baptisés à l’église de Kurosaki, et ceux qui n’appartiennent ni à un temple ni à l’église catholique, mais qui continuent à vivre une forme de foi transmise depuis l’époque de l’interdiction. C’est ce troisième groupe qui est connu depuis sous le nom de « chrétiens cachés ».
Ironiquement, la « liberté religieuse » a créé des divisions et des conflits entre les villageois.
Tous se sont réunis pour la première fois en 2000 pour organiser la fête votive du sanctuaire de Karematsu. Ils voulaient ainsi envoyer au monde un message montrant que nous pouvons être unis malgré nos différences.
Dans un monde de plus en plus divisé, l’ancien sanctuaire des chrétiens cachés prend un nouveau chemin en tant que lieu de « réconciliation religieuse ».
(Photo de titre : le pavillon du sanctuaire de Karematsu, qui se dresse tranquillement dans les montagnes de Shimo-Kurozaki, dans la ville de Nagasaki. Lieu sacré des missionnaires chrétiens de Sotome, il est dédié au missionnaire San Jiwan. Toutes les photos sont de Nippon.com.)


