Que va devenir la récolte de riz cette année ?

Face à cette situation, un assouplissement a été proposé, il est désormais possible jusqu’au 20 août 2025 de réorienter l’affectation des récoltes de riz. Les agriculteurs peuvent désormais choisir en fonction de l’offre et de la demande à qui ils vont vendre leur production. Mais, y aura-t-il suffisamment de riz ? Pour répondre à cette question, penchons-nous sur la superficie du territoire consacrée à la riziculture.

J’ai synthétisé pour nous ses estimations et prévisions dans le graphique ci-dessous, réalisé sur la base de la législation en vigueur en date du 10 mai. Si le rendement par hectare reste dans les normales, la superficie idéale pour la riziculture s’élève à 1,59 million d’hectares (130 000 hectares de plus qu’en 2024). Pour couvrir les besoins de la consommation courante 1,38 million d’hectares sont nécessaires, mais la superficie effectivement cultivée devrait osciller entre 1,31 - 1,43 million d’hectares. Pour combler le manque en riz destiné à l’alimentation animale et à la transformation, on pourrait envisager (1) d’augmenter les importations de maïs pour l’alimentation animale, (2) d’importer en urgence le riz destiné à la transformation ou (3) de reporter la restitution du riz de réserve.

Mais si la restitution des stocks de riz est reportée, les stocks d’état risquent de rester à un niveau extrêmement faible. Et en cas de mauvaise récolte ou de catastrophe naturelle de grande ampleur, il faudrait alors recourir à des importations d’urgence pour couvrir les besoins de la population.

Superficie des rizières au Japon

« Couvrir les besoins » et « baisser les prix », deux problèmes à part

La tension entre l’offre et la demande a une incidence sur les prix, mais « couvrir les besoins » et « baisser les prix » ne vont pas nécessairement de pair. Au Japon, il n’y a pas de marché du riz et la situation récente nous montre que les coûts de collecte seront sûrement répercutés sur les prix de détail.

De plus, le gouvernement ne mène aucune politique pour lutter directement contre la flambée des prix du riz. L’assouplissement de la date limite de changement d’affectation n’est qu’un palliatif pour endiguer les pénuries. Pour calmer la situation, les autorités ont détourné la distribution de leurs stocks à destination du public plutôt que de travailler à contrôler les prix.

En trente ans, depuis l’entrée en vigueur de la loi sur les denrées alimentaires, de multiples réformes ont été instaurées en vue de réduire l’interventionnisme étatique sur les prix. Cela ne fait qu’un mois que des mesures visant à stabiliser les prix ont été mises en place. Difficile d’imaginer une solution miracle qui permettrait à court terme de régler la situation. Au Japon, les récoltes de riz n’ont lieu en principe qu’une fois par an. Il faudra des mesures robustes et en adéquation au calendrier propre à l’agriculture pour réussir à stabiliser la situation d’ici 2028.

Deux scénarios pour l’avenir

Les coopératives qui ont perdu leur bataille du riz en 2024 vont tenter de prendre leur revanche en 2025. Certaines d’entre elles vont proposer des contrats pluriannuels à coût stable, en plus d’augmenter leurs prix et de renseigner sur leurs projections.

D’un autre côté, si comme pour la récolte 2024, les grossistes, les détaillants, les restaurateurs et les fournisseurs de bentô continuent d’investir fortement dans l’achat de riz, ce pourrait être l’escalade. Deux scénarios se dessinent.

Si la guerre des prix ne s’intensifie pas, les prix se stabiliseront. Mais si ceux-ci baissent considérablement en raison de la mise en circulation de stocks de riz, les coopératives ayant acheté à coût élevé risquent de se retrouver le bec dans l’eau. En revanche, si la guerre des prix s’intensifie, les prix continueront de monter.

Je pense que la guerre des prix ira grandissant au cours de cette année. En effet, (1) même avec la fourchette de prix actuelle, les achats ralentissent peu. (2) Le secteur privé collecte plus efficacement le riz que les coopératives JA. (3) Les grossistes ont acquis une forte marge de manœuvre pour l’achat de riz grâce à leurs précédents gains. (4) Même avec un assouplissement de la date limite de restitution des stocks de riz, les coopératives concernées sont tenues de revendre au gouvernement une quantité de riz équivalente à celle achetée, ce qui génère un déficit à combler car elles doivent quoi qu’il advienne parvenir à collecter les tonnages équivalents.

Par ailleurs, malgré la volonté publique de sécuriser l’approvisionnement en riz, l’instabilité politique pourrait gêner la mise en œuvre de mesures efficaces. Si la production de riz ne décolle pas suffisamment et que les mesures pour réguler les prix sont reportées, les prix devraient rester élevés jusqu’en 2028 et osciller entre 4 200 et 6 500 yens par lot de 5 kg (sans compter les stocks d’etat et les importations), avec des écarts importants selon les variétés de riz.

Que faire pour que la crise ne se reproduise pas ?

Le prix du riz est fixé par les agriculteurs, ils décident à qui et à quel prix vendre leur production. En temps normal, ils choisissent les débouchés les plus rémunérateurs, mais ils pourraient également penser à moyen et long terme et ne pas oublier que la flambée des prix génère une baisse de la consommation de riz japonais.

Si la concurrence s’intensifiait, les prix pratiqués par les coopératives devraient rester relativement bas. C’est pourquoi la décision des agriculteurs de réduire ou d’augmenter leurs ventes aux coopératives est un facteur déterminant. Vendre plus cher en contournant les coopératives reste possible, mais une baisse du taux de collecte pourrait à moyen et long terme affaiblir la force de négociation des agriculteurs. Dans de nombreux cas, c’est grâce à la capacité de collecte des coopératives que les grands producteurs peuvent négocier d’égal à égal avec le secteur privé. Au final, plus les coopératives perdent de pouvoir, plus les entreprises peuvent s’approvisionner à bas prix.

La distribution via les coopératives mènera-t-elle à une baisse et à une stabilisation des prix ? Le déclin des coopératives et l’essor du secteur privé entraîneront-ils une baisse et une stabilisation des prix ? La décision que prendront les agriculteurs en 2025 devrait constituer un tournant majeur dans l’histoire du riz japonais. Il est désormais essentiel que les producteurs en prennent conscience et réfléchissent mûrement à l’affectation de leurs récoltes.

(Photo de titre : déstockage de riz issu des réserves nationales. Photo prise le 18 mars 2025, dans la préfecture de Saitama. Jiji)