Trois générations d’interprètes de Benkei

Matsumoto Kôshirô IX dans le rôle de Benkei de Kanjinchô, en avril 2013, au nouveau Kabukiza de Tokyo. L’acteur est en train de quitter la scène en empruntant la passerelle (hanamichi) qui traverse la salle de spectacle. (Photographie : Watanabe Fumio)

La pièce de Kabuki intitulée Kanjinchô a été jouée pour la première fois en 1840, par Ichikawa Danjûrô VII (1791-1859). Elle fait partie des dix-huit pièces (kabuki jûhachiban) du répertoire de la célèbre famille d’acteurs Ichikawa. L’action se déroule à la barrière d’Ataka, dans la province de Kaga (qui correspond à l’actuelle préfecture d’Ishikawa), au début de l’époque de Kamakura (1185-1333). La barrière est placée sous la garde de Togashi Saemon. Un groupe de moines bouddhistes en quête de fonds pour la reconstruction du temple du Tôdaiji fait son apparition. Il s’agit en fait du célèbre guerrier Minamoto no Yoshitsune (1159-1189) et de sa suite, recherchés par le shôgun Minamoto no Yoritomo (1147-1199) qui n’est autre que le demi-frère de Yoshitsune. Benkei, fidèle serviteur de Yoshitsune et personnage principal de la pièce, réussit à force d’ingéniosité à dissiper les doutes du garde et à franchir la barrière avec la petite troupe de fuyards. Matsumoto Kôshirô VII (1870-1949), le grand-père de Matsumoto Kôshirô IX, a appris à jouer ce personnage auprès de son maître, Ichikawa Danjûrô IX (1838-1903), et il a parcouru le Japon en interprétant le rôle de Benkei plus de mille six cents fois.

« À l’époque, Kanjinchô n’était pas aussi populaire qu’aujourd’hui. C’est mon grand-père qui en a fait une des pièces de kabuki favorites du public. Mon père l’a, pour sa part, jouée cinq à six cents fois. À nous trois, nous avons interprété le rôle de Benkei plus de trois mille fois en l’espace de trois générations », précise Matsumoto Kôshirô IX en riant.

« Ce qui m’a donné le courage de continuer à jouer le personnage de Benkei jusqu’à maintenant, c’est l’accueil chaleureux que m’a réservé le public. Quand j’entends les applaudissements au moment où je sors de scène en empruntant le hanamichi, à la fin de la pièce, j’oublie complètement à quel point ce rôle est épuisant et difficile. Kanjinchô témoigne du zèle et de la passion dont mon grand-père a fait preuve et qu’il a transmis à mon père. J’espère qu’à mon tour je ferai passer ces valeurs à un grand nombre de personnes et que la génération suivante continuera à jouer la pièce. »