Succès mondial de Yellow Magic Orchestra
—— Vous avez signé un contrat avec Screen Gems-Columbia, qui produisait des auteurs-compositeurs comme Neil Sedaka et Carole King. C’est à cette occasion que vous avez rencontré un avocat qui allait jouer un rôle important dans la percée à l’international de Yellow Magic Orchestra.
MURAI Le producteur de Carole King, Lou Adler, est venu au Japon en 1972. Je lui ai fait écouter plusieurs morceaux de musique japonaise et il a été emballé par un morceau de Hosono Haruomi, me disant : « la basse est géniale ! ». J’étais très heureux d’entendre ça parce que j’avais passé beaucoup de temps sur l’enregistrement des chansons de Hosono, et j’étais certain qu’un jour la musique japonaise trouverait un public à l’étranger. L’avocat d’Adler, Abe Somer, était venu avec lui et nous nous sommes immédiatement très bien entendus. Nous sommes toujours aujourd’hui de bons amis.
Hosono est par la suite devenu le directeur musical d’Arai Yumi ainsi que d’autres artistes d’Alfa. Plus tard, j’ai signé avec lui un contrat exclusif, lui proposant de « créer ensemble quelque chose qui se vendra dans le monde entier ». C’est ainsi que YMO est né.
« Une musique qui ne m’émeut pas personnellement ne peut pas émouvoir le public. » Cette manière de penser est au cœur de mon travail de producteur. Les artistes sont jugés sur leur talent, leur nature et leur personnalité. Peu importe combien de temps et d’efforts vous passez à former des gens ordinaires, ils ne deviendront jamais des superstars. Il faut donc trouver des artistes qui sortent du lot et leur donner la possibilité de progresser.

—— En 1978, Alfa prend une longueur d’avance sur les plus grands labels de musique japonais en signant un contrat avec le géant américain A&M Records. Ce contrat bilatéral a été une décision stratégique très importante, qui a permis de révéler YMO au monde entier.
MURAI Le partenariat avec A&M ne s’est pas fait tout seul. Même si j’avais déjà rencontré le président d’A&M Jerry Moss(*4) et que nous avions pu discuter du style de musique que nous aimions, c’est Abe Somer qui a joué un rôle clé dans la signature du contrat. Le fait qu’il était avocat pour A&M a été déterminant. D’un point de vue stratégique, nous avons décidé d’établir un contrat bilatéral.
A&M avait des employés partout dans le monde, prêts à agir dès qu’ils recevaient une mission. En vertu du contrat, nous mettions tout en œuvre afin de vendre les disques d’A&M au Japon et, en retour, A&M distribuait partout dans le monde les disques d’artistes japonais prometteurs d’Alfa.
C’est à cette époque que Hosono et ses camarades de YMO – Sakamoto Ryûichi et Takahashi Yukihiro – ont commencé à enregistrer leur musique en studio. Je gérais les affaires du label tandis que Hosono s’occupait de la musique. Notre relation avec A&M s’approfondissait de plus en plus et Tommy LiPuma, un producteur d’A&M qui a entre autres produit George Benson, Diana Krall et de nombreux autres grands artistes, est venu au Japon. Il a assisté à un concert de YMO et m’a tout de suite dit : « je veux lancer YMO aux États-Unis ».
Peu de temps après, nous avons commencé à vendre des disques de YMO aux États-Unis, puis des concerts ont été organisés. Le groupe est parti en tournée en Amérique du Nord et en Europe pendant deux ans. Ils jouissaient d’une énorme popularité aussi bien au Japon que dans le monde entier. Je ne me rappelle pas exactement combien de millions de disques nous avons vendus, mais l’impact de YMO sur le marché mondial de la musique représente un véritable exploit. Le groupe a joué en 2013 au Hollywood Bowl à Los Angeles et a été accueilli par un public de tous âges, qui le considère comme un des groupes fondateurs de la scène techno.
