La colonne vertébrale de la société japonaise selon Isam Hamza

En 2007, Hamza a pris la direction du Département de langue et de littérature japonaises de l’Université du Caire. Il a par la suite été nommé vice-doyen de cette univesité, avant de diriger le Département de langue et de littérature japonaises de l’Université du Qatar. Depuis 2018, il est président et directeur du Centre des arts libéraux et de la culture de l’Université Égypte-Japon en Sciences et technologies, à Borg El Arab, dans la périphérie d’Alexandrie.

« Le programme d’études japonaises passe en revue les idées et les systèmes politiques, économiques et administratifs qui sous-tendent la technologie et l’industrie japonaises, et il s’interroge en profondeur sur le genre de nation qu’est le Japon. Personnellement, j’insiste sur la spiritualité qui constitue la colonne vertébrale de la société japonaise. L’élite égyptienne méprise le travail pénible, mais les Japonais sont différents. Comment expliquer cela ? Je pense que cela tient à l’éthique japonaise du travail, et j’espère, via ces études, transmettre cette idée aux étudiants du Moyen-Orient et de l’Afrique. »

Isam Hamza à l’Université Égypte-Japon des sciences et de la technologie. (Avec l’aimable autorisation d’Isam Hamza)
Isam Hamza à l’Université Égypte-Japon en Sciences et Technologies. (Avec l’aimable autorisation d’Isam Hamza)

Le recul de la présence japonaise dans le monde

L’Égypte a une population de plus de 100 millions d’habitants, dont 60 % de jeunes. Au Moyen-Orient, la population est d’environ 600 millions d’habitants, si bien qu’un sur six d’entre eux réside en Égypte. Nombre d’Égyptiens travaillent comme professeurs au Moyen-Orient et ont beaucoup d’influence dans le domaine de l’enseignement.

« J’ai le sentiment que ma mission consiste à utiliser l’Égypte comme un foyer de connaissance à partir duquel enseigner au Moyen-Orient et à l’Afrique le passé, le présent et l’avenir du Japon. C’est pour cette raison que je nourris l’espoir que davantage d’étudiants vont s’intéresser au Japon. Beaucoup d’étudiants raffolent des mangas, mais l’attrait du Japon ne se limite pas à cela. Il y a aussi la littérature ancienne, les biens manufacturés, les sources chaudes (onsen), la cuisine et bien d’autres choses encore. Trop peu de gens sont conscients de cela. »

Hamza regrette que les Japonais ne se soucient pas suffisamment de promouvoir à l’étranger l’attrait de leur pays.

« La Chine a ouvert 550 Instituts Confucius à travers le monde, et elle consacre beaucoup d’efforts à l’enseignement du chinois à l’étranger. Les jeunes gens qui souhaitent étudier le chinois vont inévitablement être plus nombreux que ceux qui choisissent le japonais. Outre cela, ceux qui s’adonnent aux études japonaises ont de plus en plus tendance à rédiger leurs exposés en se basant sur des sources en langue anglaise. L’internet a exacerbé cette tendance. Je préfèrerais quant à moi qu’ils consultent des matériaux en langue japonaise. »

« Qu’est ce qui me porte à accorder de l’importance à la recherche sur le Japon ? Ce n’est pas parce que j’aime le Japon, mais parce que je pense que la diversité des systèmes de valeurs enrichit le monde. Je ne veux pas d’un monde qui se cantonne aux valeurs d’un seul pays. La pluralité des valeurs est constitutive de notre monde. De même que les samouraïs ont adopté une stratégie consistant à ouvrir les portes du Japon pour mener à bien sa modernisation, de même le Japon contemporain doit s’engager résolument au sein de la communauté internationale. Je crois que c’est essentiel si l’on veut que la société japonaise parvienne à surmonter les défis auxquels elle est aujourd’hui confrontée. »

Isam Hamza au Caire, avec le Nil en arrière-plan
Isam Hamza au Caire, avec le Nil en arrière-plan

(Reportage et texte de Kondô Hisashi, de Nippon.com. Photo de titre : Isam Hamza au « Café Riche » au Caire. Toutes les photos : © Mohamed Osam, sauf mentions contraires)