Le sanctuaire Arakura Fuji Sengen : des points de vue radicalement différents

Parmi les attractions favorites des touristes étrangers qui étonnent le plus les habitants de l’Archipel, citons aussi le sanctuaire Arakura Fuji Sengen de la ville de Fuji-Yoshida, dans la préfecture de Yamanashi. Ce lieu shintô a la particularité non seulement d’être doté d’une pagode à cinq étages comparable à celles des temples de Kyoto ou de Nara mais aussi de jouir d’une vue magnifique sur le mont Fuji. Les voyageurs étrangers fréquentent l’endroit assidument, en particulier pour y prendre des photos réunissant la montagne la plus emblématique du Japon et une pagode bouddhique. Et au printemps, ils peuvent même y ajouter les cerisiers en fleurs. Pour la plupart des Japonais, ce type d’association est totalement incompréhensible car Kyoto et le mont Fuji sont des lieux très éloignés l’un de l’autre… Ils n’ont absolument pas l’habitude de les voir figurer dans un même paysage. Il y a quelque chose de kitsch dans cette composition, au même titre que la carte postale illustrant la Tour Eiffel et le Mont-Saint-Michel à l’arrière plan… Les touristes, eux, n’en adorent pas moins ce cliché tout à fait insolite du Japon !

Une pagode à cinq étages avec le mont Fuji en toile de fond… Une photo souvenir de rêve pour les visiteurs étrangers de l’Archipel ! (Photographie de l’auteur)
Une pagode à cinq étages avec le mont Fuji en toile de fond… Une photo souvenir de rêve pour les visiteurs étrangers de l’Archipel ! (Photographie de l’auteur)

Il y a encore cinq ans, le Arakura Fuji Sengen ne recevait que de rares visites en dehors de celles des habitants du voisinage. Mais depuis ces photos mêlant le mont Fuji et Kyoto se sont emparées des réseaux sociaux en Thaïlande, ce petit sanctuaire est devenu une attraction mondiale. Beaucoup de touristes étrangers le considèrent en effet comme la « quintessence » des paysages de l’Archipel. Et du coup, les Japonais sont de plus en plus nombreux à le fréquenter.

On pourrait citer bien d’autres exemples des difficultés éprouvées par les Japonais pour comprendre ce qui enchante les touristes étrangers dans leur pays. Les habitants de l’Archipel considèrent en effet que ce qui les attire eux-mêmes chez eux doit avoir forcément le même effet sur des gens venus d’ailleurs. Or chacun sait qu’on ne peut prendre conscience de certaines choses qu’avec l’intervention d’un regard extérieur. Il y a un décalage évident entre ce que les Japonais veulent montrer et ce que les voyageurs souhaitent voir. Un décalage qui ne date pas d’aujourd’hui et s’est manifesté sous une forme ou une autre depuis que le Japon est sorti de la période de fermeture imposée par le régime féodal des Tokugawa, il y a un siècle et demi, à la fin de l’époque d’Edo (1603-1868).