Sitôt pêché sitôt congelé
La technique de congélation rapide permet de conserver la saveur des aliments plus longtemps après leur décongélation. Kosuge Masamitsu, qui dirige le département commercial de Tôshin Suisan, explique que les aliments se dilatent souvent pendant le refroidissement entre 5°C et -5°C. Mais la congélation liquide rapide peut remédier à ce problème en rendant cette période plus courte, réduisant au minimum la déformation des aliments.
Le liquide rougeâtre suinté par le poisson ou la viande lors du processus de décongélation, est appelé « drip ». Sa sécrétion est le résultat de l’altération de la structure des tissus lors de la dilatation. Le poisson ou la viande subit alors une perte d’humidité, de protéines et d’umami. La congélation liquide rapide réduit la durée pendant laquelle l’aliment se trouve dans cette « zone dangereuse » de température, lui assurant de conserver toute sa fraîcheur. Ce processus permet également au riz de conserver toute son humidité et sa consistance moelleuse.
Dans la plupart des cas, le poisson est acheminé à Tôshinkan le lendemain de la pêche, pour perdre le moins de temps possible, et traiter le poisson lorsqu’il est le plus frais. Il est ensuite emballé sous vide, une étape importante car la moindre particule d’air réduit la surface d’exposition avec le liquide, rendant plus difficile le processus de congélation. Ce processus est l’élément central du vaste réseau de distribution de l’entreprise Tôshin Suisan, forte de nombreuses années d’expertise dans la commercialisation du poisson.
Conservés à -60°C dans des congélateurs industriels, les sushis conservent toute leur saveur jusqu’à 180 jours après la congélation. Après leur achat, les sets de sushis, eux, se conservent jusqu’à quatre jours dans un congélateur ordinaire. Pour la décongélation : il suffit de plonger le poisson dans de l’eau glacée pendant 20 minutes et de réchauffer le riz en le plaçant, si vous êtes pressé, 1 minute et 30 secondes au micro-ondes ou 10 minutes dans un cuiseur à vapeur.
Des poissons par-delà les saisons ?
Grâce à la méthode de Tôshin Suisan, le poisson reste savoureux pendant six mois, de quoi réjouir les amateurs qui pourront peut-être un jour déguster n’importe quelle variété même hors saison. Par exemple, le balaou (sanma), qui se déguste habituellement en automne, pourrait être disponible au printemps, les bonites qui font leurs premières apparitions en avril et mai pourraient inversement être dégustées en automne, et le thon pêché au large d’Ôma dans la préfecture d’Aomori au cœur de l’hiver pourrait être servi du printemps à la saison estivale.
Les poissons à chair foncée tels que les sardines, le maquereau et le chinchard, dont les prises sont généralement plutôt abondantes, pourraient être congelées de la même manière. Il serait alors possible de déguster ces poissons tout au long de l’année, et de les consommer sous forme de sashimis ou de sushis. Cela permettrait de réduire le gaspillage alimentaire, l’un des objectifs fixés par les Nations unies en matière d’objectifs de développement durable (ODD). Un poisson qui a perdu sa fraîcheur ne peut plus être vendu et sert généralement plutôt d’appât ou d’engrais.
Tôshin Suisan cherche déjà à ajouter de nouvelles variétés de poisson dans ses assortiments de sushis surgelés, telles que de l’oursin (uni) ou encore des œufs de saumon (ikura). S’agissant des canaux de diffusion, l’entreprise cherche également les moyens de rendre cet assortiment de sushis disponible en magasin ; il n’est pour le moment qu’en vente sur Internet. Tôshin Suisan propose de la même façon des donburi de fruits de mer, des bols de riz et du poisson grillé. Et l’entreprise ne connaît pas la crise.
De nouvelles opportunités
Grâce à Tôshin Suisan, il sera peut-être bientôt possible de déguster de vrais sushis et donburi aux fruits de mer sans avoir à se rendre dans un magasin de sushis. Consommation à domicile, bien sûr, mais pas que. Tôshin Suisan s’attend à une demande croissante de la part des touristes, dans et hors des frontières de l’Archipel. Les sushis surgelés séduisent même parfois des clients inattendus. Tôshin Suisan a notamment reçu une commande de 30 donburi aux fruits de mer de la part d’une maison de retraite.
Pour des raisons sanitaires, de nombreuses maisons de retraite proposent peu de poisson cru, en particulier les poissons à chair foncée, qui sont plus susceptibles d’être infectés par des parasites à l’origine de l’anisakiase, une maladie débilitante, affaiblissant les personnes qui en sont atteintes. Ainsi, de nombreux établissements proposent des plats sans poisson, comme des rouleaux enveloppés d’une feuille de nori contenant du concombre et du kanpyô, des tranches d’omelettes roulées ou des inari-zushi, du tofu frit farci avec du riz vinaigré pour sushis.
Mais avec les sushis surgelés, plus de problèmes de bactéries ou de parasites quels qu’ils soient. Et l’option a plu aux résidents qui ne sont régalés des donburi aux fruits de mer. Beaucoup d’entre eux salivent d’avance à l’idée de goûter les sushis surgelés.
Tôshin Suisan espère également que ses produits surgelés pourront être utilisés afin des fins éducatives dans les établissements scolaires. Les enfants aiment reproduire les gestes et techniques les chefs sushi, mais la formation du shari requiert beaucoup d’adresse, ce qui en décourage beaucoup de cuisiniers en herbe. Mais avec le set de sushis surgelés et ses shari de sushis préformés, plus de problème. Les maîtres queux nippons n’ont qu’à bien se tenir ! Et les sushis surgelés en eux-mêmes sont délicieux, contribuant à éduquer des palais encore peu expérimentés. Les visiteurs étrangers au Japon seront également à coup sûr excités à l’idée de se prendre pour des chefs sushis d’un jour, et de s’essayer à la préparation de sushis avec le set de sushis surgelés.
(Toutes les photos sont de Nippon.com, sauf mentions contraires.)




