Trois ans après la sortie de Godzilla Minus One , premier film japonais à remporter l’Oscar des meilleurs effets visuels en 2024 et acclamé dans le monde entier, « le roi des monstres » fait son retour sur grand écran dans Godzilla Minus Zero . L’action se déroule à nouveau dans le Japon de l’après-guerre, et le réalisateur et scénariste Yamazaki Takashi a créé un film totalement inoui.

Plus de 70 ans après le premier Godzilla de 1954, Godzilla reste le kaijû (monstre) emblématique du Japon. D’abord symbole de la guerre et de la terreur de l’arme nucléaire, puis héros combattant les menaces qui pèsent sur l’humanité, son image et son rôle ont considérablement évolué au fil du temps, y compris avec la production de plusieurs versions hollywoodiennes.

Godzilla Minus Zero, la nouvelle interprétation de la licence Godzilla réalisée par Yamazaki Takashi, renouvelle le scénario en combinant avec beaucoup d’audace divers thèmes des précédents films. Dans le précédent opus, Godzilla Minus One, Godzilla faisait son apparition pour la première fois de l’histoire de la série dans le Tokyo de l’immédiat après-guerre, en 1947 ; cette fois-ci, l’action se déroule deux ans plus tard : en 1949, au Japon, Godzilla affronte King Ghidorah, un monstre géant à trois têtes.

La créature géante est encore plus puissante que dans le film précédent. (© 2026 TOHO)
La créature géante est encore plus puissante que dans le film précédent. (© 2026 TOHO)

Un autre monstre fait son apparition à l'après-guerre

Quatre ans après la fin de la guerre, les dégâts catastrophiques causés par les combats et les attaques de Godzilla sont encore douloureux. Alors que le pays se reconstruit peu à peu, un nouveau monstre, King Ghidorah, fait son apparition à Matsumoto, dans la préfecture de Nagano, et réduit la ville en ruines, laissant de nombreuses victimes, par l’action de son pouvoir destructeur terrifiant.

Noda Kenji (Yoshioka Hidetaka), à qui l’on doit l'opération passée contre Godzilla, se lance dans l'opération contre King Ghidorah en tant que directeur du Bureau de gestion des catastrophes majeures. Il rassemble autour de lui Aoyama Makoto (Nagasawa Masami), une météorologiste de génie, Murakami Kanji (Tanaka Min), un biologiste informé de la menace que représente King Ghidorah à Matsumoto, ainsi qu'une équipe hétéroclite de pilotes.

Une équipe de choc est réunie pour contrer la menace (© 2026 TOHO)
Une équipe de choc est réunie pour contrer la menace (© 2026 TOHO)

Shikishima Kôichi (Kamiki Ryûnosuke), ancien membre des forces d’attaque spéciales (« kamikaze ») ayant survécu au combat contre Godzilla, mène une vie paisible avec sa femme Noriko (Hamabe Minami) et sa fille Akiko. Sous l'œil bienveillant de Noda, Shikishima va se joindre à l'opération contre King Ghidorah.

Mais la redoutable puissance de King Ghidorah est telle que les humains ne peuvent absolument pas lui tenir tête. Le dos au mur, ils élaborent alors un plan audacieux.

Shikishima Kôichi, ancien membre d'une unité kamikaze, se lance à nouveau dans un combat au risque de sa vie. (© 2026 TOHO)
Shikishima Kôichi, ancien membre d'une unité kamikaze, se lance à nouveau dans un combat au risque de sa vie. (© 2026 TOHO)

Ce que symbolisent les kaijû

Depuis son affrontement avec Anguirus dans le deuxième opus, Le Retour de Godzilla (1955), les combats entre kaijû sont devenus l’un des points forts des films de la licence. Dans les films réalisés à l’ère Shôwa (avant 1989), Godzilla s’était transformé en héros, puis la série « VS » de l’ère Heisei (1989-2019), de Godzilla vs Biollante (1989) à Godzilla vs Destroyah (1995), a mis l’accent sur les combats de kaijû. L’aspect divertissement a pris le pas sur la symbolique de la guerre et du danger nucléaire que Godzilla incarnait auparavant.

Cependant, dans Godzilla Minus One, Yamazaki a fait de Godzilla une créature de terreur pure. Celle-ci fixe d’un regard mauvais les gens qui fuient dans tous les sens. Une pluie noire s’abat sur Ginza, déjà réduit en cendres par les rayons thermiques. C’est comme si les fantômes de ceux qui ont perdu la vie pendant le conflit mondial étaient revenus pour exhorter les Japonais de l’après-guerre à ne pas oublier.

« Godzilla est un symbole du nucléaire et de la guerre ». Développer le « combat de monstres » qui faisait autrefois le bonheur des enfants tout en restant fidèle à ce principe fondamental, c’est précisément là, semble-t-il, que réside le défi de Godzilla Minus Zero.

Dans ce film également, Yamazaki ne présente plus Godzilla comme un simple héros, mais comme une entité dépassant l'entendement humain, en conservant intacte son impression de réalité intimidante et son poids, son « effet de masse ». On a l'impression que le rugissement à glacer le sang, déjà marquant dans le film précédent, a été encore renforcé.

Le Godzilla de Yamazaki fait peur pour de vrai ! (© 2026 TOHO)
Le Godzilla de Yamazaki fait peur pour de vrai ! (© 2026 TOHO)

King Ghidorah, quant à lui, possède une énergie capable de détruire sans peine une ville en pleine reconstruction. Il surgit soudainement, ravage la ville, puis disparaît. Si Godzilla est le symbole du nucléaire et de la guerre, King Ghidorah n’est-il pas celui des catastrophes naturelles ? À l’image d’une tempête déchaînée qui semble emporter tout ce qui se trouve sur son passage. Le fait qu’Aoyama, qui participe à l’opération contre King Ghidorah, soit une météorologue spécialisée dans la prévision des typhons, va dans ce sens.

Nagasawa Masami, qui interprète le rôle de la météorologiste Aoyama Makoto, fait son retour dans la série après 22 ans, lors de <em>Godzilla : Final Wars</em>. (© 2026 TOHO)
Nagasawa Masami, qui interprète le rôle de la météorologiste Aoyama Makoto, fait son retour dans la série après 22 ans, lors de Godzilla : Final Wars. (© 2026 TOHO)

Le plan qui vise à faire intervenir Godzilla pour repousser King Ghidorah revient à tenter de maîtriser une catastrophe imprévisible à l'aide d'armes que les humains ne peuvent pas contrôler. L'équipe met à profit la science et la technologie dans leur mission semée d'embûches pour l'élimination des monstres.

Yamazaki, qui avait rendu hommage à Jurassic Park (1993) et Les Dents de la mer (1975) dans son précédent film, s’attache ici encore à créer un film d’horreur et de panique où un monstre géant s’abat sur la ville, tout en s’appuyant sur le côté humaniste du « film de mission », mettant en scène des experts qui risquent leur vie pour vaincre le monstre. Alors que le précédent opus mettait l’accent sur le drame humain, celui-ci présente désormais une atmosphère qui rappelle quelque peu celle de Shin Godzilla (2016).

Horita Tatsuo (interprété par Tanaka Miô), ancien commandant du destroyer Yukikaze, et ses compagnons se retrouvent une nouvelle fois en première ligne face au monstre. (© 2026 TOHO)
Horita Tatsuo (interprété par Tanaka Miô), ancien commandant du destroyer Yukikaze, et ses compagnons se retrouvent une nouvelle fois en première ligne face au monstre. (© 2026 TOHO)

L’homme qui a survécu à deux catastrophes : la bombe atomique et Godzilla

De fait, Yamazaki reste fidèle aux sources de la série Godzilla.

Au cœur de l’œuvre se trouve la « mémoire de la guerre », thème qui poursuivi depuis Godzilla Minus One. Si, dans le précédent opus, c’était le protagoniste Shikishima qui incarnait ce thème, dans ce film, c’est le professeur Murakami, interprété par Tanaka Min, qui en est le personnage clé. Il s’agit d’un homme qui a perdu sa famille à Hiroshima le jour de la bombe atomique, mais qui a été le seul à survivre, et qui a également survécu à une nouvelle catastrophe : l’attaque de Godzilla.

Shikishima, ancien membre d'une unité kamikaze, est rongé par la culpabilité d'avoir survécu. De son côté, Murakami, qui, comme lui, a aussi « survécu », se retrouve dans la position de devoir mettre en action Godzilla, responsable de la mort de nombreux citoyens, afin de le transformer en une arme capable de repousser la menace de King Ghidorah.

Né en mars 1945, peu avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, Tanaka Min (à gauche), qui incarne le professeur Murakami, apporte une véritable crédibilité au contexte historique du film. (© 2026 TOHO)
Né en mars 1945, peu avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, Tanaka Min (à gauche), qui incarne le professeur Murakami, apporte une véritable crédibilité au contexte historique du film. (© 2026 TOHO)

La bombe atomique en 1945 et Godzilla en 1947. Yamazaki a choisi de superposer directement ces deux images en osant recourir à des scènes d’une violence inouïe dans l’histoire de Godzilla. En conférant au personnage de Murakami l’image d’un « irradié par deux fois », il confronte le spectateur à la guerre et à la menace des armes nucléaires.

Tanaka Min, qui incarne Murakami, est un danseur de renommée mondiale. De par sa présence physique unique, il incarne la colère, la tristesse et l’obstination d’un survivant de la guerre. Il interprète un homme qui, bien qu’il connaisse la terreur de la violence, est paradoxalement attiré par celle-ci. Sa silhouette semble même se confondre avec celle de Godzilla. Son expression physique dégage une telle intensité qu’elle semble transpercer les décors et les effets visuels (VFX) qui recréent avec minutie le Japon d’après-guerre.

Face aux contradictions de Godzilla

Yamazaki Takashi : réalisateur, scénariste et responsable des effets spéciaux (© 2026 TOHO)

Godzilla Minus Zero est un film qui traite de la problématique des armes et de la violence. D’autre part, les scènes de destruction » et les combats de kaijû soutiennent une grande partie de l’intérêt des films Godzilla. Si le précédent opus a été si bien accueilli à l’étranger, c’est sans doute parce qu’il a su transmettre l’essence même de la série grâce à la conception du kaijû Godzilla, mais aussi à des effets visuels époustouflants.

Le nouveau film de la licence, réalisé par Yamazaki, trouve lui aussi le point de jouissance des films de Godzilla grâce aux technologies les plus récentes. Les affrontements entre monstres géants dégagent une terreur, une grandeur et un sens du spectaculaire que même les versions hollywoodiennes n’avaient pas réussi à rendre. Le point culminant du film donnera la chair de poule même aux fans de longue date.

De plus, ce film s’affirme davantage encore comme un « film Godzilla » que ses prédécesseurs. L’intrigue, dans laquelle les humains s’efforcent d’organiser un affrontement entre Godzilla et un monstre ennemi, est une réinterprétation de plusieurs opus précédents, tels King Kong contre Godzilla (1962), Godzilla vs Destroyah (1995) et Godzilla : Final Wars (2004). La manière dont sont représentées les cellules de Godzilla s'inspire des univers de Godzilla vs Biollante (1989) et Godzilla 2000 (1999), certaines scènes rappelant même le Godzilla de 1984.

Noriko, la femme de Shikishima, se retrouve elle aussi impliquée dans l'opération de manière inattendue. (© 2026 TOHO)

Chaque fois que Godzilla fait son apparition, la peur est présente, mais le cœur du spectateur bat la chamade à l’idée de son affrontement avec King Ghidorah. On se surprend à souhaiter voir davantage cette puissance que les humains s’efforcent désespérément de maîtriser. La crainte de la destruction et l’attirance pour cette puissance ne sont pas le propre du professeur Murakami. Nous tous, qui regardons à l’écran ces monstres s’affronter, sommes fascinés par cette puissance destructrice.

Godzilla est à la fois un symbole du nucléaire et de la guerre, mais aussi une star de films d’action, et comme tel, il fait vibrer le public. Ce que Yamazaki Takashi propose au public de découvrir dans ce film, ce sont les contradictions dont Godzilla est porteur depuis de nombreuses années. C’est précisément dans les images de personnes blessées sur les champs de bataille et dans ces combats de monstres d’une violence sans précédent que ces contradictions se concentrent.

C'est précisément pour cela que Godzilla Minus Zero est sans précédent, inoui, un Godzilla miraculeux. Il est à la fois terriblement effrayant, magnifique et divertissant.

Le film

(© 2026 TOHO)
  • Casting : Kamiki Ryûnosuke, Hamabe Minami, Yamada Yûki, Sasaki Kuranosuke, Nagasawa Masami, Tanaka Min
  • Réalisation, montage, effets visuels : Yamazaki Takashi
  • Année : 2026
  • Durée : 135 minutes
  • Site officiel:https://godzilla-minuszero.toho-movie.jp/

Bande-annonce

(© 2026 TOHO)