Le label « Crown », symbole de perfection absolue
Dans les magasins de fruits du centre de Tokyo, un melon coûte entre 3 000 yens (26 euros) et 30 000 yens (260 euros). Des sommes très supérieures à ce que l’on paierait dans le reste du monde. Pour en savoir davantage sur ces fruits étonnants, nous sommes allés à Fukuroi, dans la préfecture de Shizuoka, à 200 kilomètres de Tokyo en direction du sud-ouest. C’est là que nous avons rencontré Chûjô Fumiyoshi, 58 ans, un fruiticulteur à la deuxième génération qui a consacré 40 années de sa vie aux melons brodés. Au Japon, le nom de Fukuroi est associé d’une part au football parce que le stade de la ville a accueilli des matches de la coupe du monde de 2002, et de l’autre aux melons Crown, un des labels les plus prestigieux pour ce type de fruit. Les melons cultivés à Fukuroi sont issus de la variété du groupe reticulatus appelée Earl’s Favourite qui a été importée de Grande Bretagne au Japon en 1924. Le climat doux et bien ensoleillé de la région convient particulièrement bien à ce fruit dont la culture remonterait aussi loin que l’Egypte ancienne. Les fruiticulteurs locaux ont amélioré la variété Earl’s Favourite en sélectionnant les graines des meilleurs melons. Ils ont ainsi obtenu des produits d’une qualité exceptionnelle, conçus pour être offerts en cadeau. Et ils continuent à garder les graines de leurs plus beaux fruits comme un véritable trésor.
Chûjô Fumiyoshi cultive des melons dans onze serres de verre. Le cycle de croissance des fruits étant d’environ 100 jours, il lui suffit d’échelonner les plantations pour récolter des melons tout au long de l’année. Afin de maintenir en permanence la température et l’humidité optimales à l’intérieur de chaque serre, Chûjô Fumiyoshi utilise un système de contrôle géré par ordinateur qui est programmé pour réguler un environnement diversifié. Le degré d’humidité du sol jouant un rôle capital dans le parfum et la teneur en sucre des fruits, il doit faire l’objet d’une surveillance journalière afin que les plantes soient arrosées en conséquence.

Quand les pieds de melon fleurissent, environ 25 jours après la plantation, le fruiticulteur doit polliniser rapidement chaque fleur à la main, à l’aide d’un petit pinceau. Dix jours plus tard, les plants sont couverts de fruits de la taille d’un œuf. On procède alors à une taille sévère à l’issue de laquelle il ne reste plus qu’un seul melon par pied. Chaque fruit est ensuite enveloppé délicatement dans une feuille de papier fin, pour le protéger. Il fait l’objet des plus grands soins, « comme un enfant sur le point de voir le jour », explique Chûjô Fumiyoshi. Du fait qu’il n’est concurrencé par aucun autre fruit, il bénéficie de tous les nutriments véhiculés par la plante, ce qui contribue à lui donner un parfum et une saveur « éclatants ». La fine broderie qui recouvre le fruit est le résultat de fissures qui se forment sur sa peau et se referment, au cours de sa croissance. Pour évaluer le degré de maturité d’un melon, on tâte l’extrémité du fruit opposée au pédoncule.
Après la cueillette, les melons sont transportés à la coopérative locale où ils sont soumis à un examen rigoureux notamment en ce qui concerne leur taille, leur teneur en sucre et la qualité de la broderie caractéristique de leur peau. Le label Crown comporte six niveaux dont les quatre les plus élevés sont en ordre décroissant Fuji, Yama, Shiro et Yuki. La sélection est extrêmement sévère. Un melon sur mille environ répond aux critères exigés pour avoir droit au label Crown, niveau Fuji. Après inspection, les fruits sont soigneusement conditionnés dans des boîtes avant d’être expédiés vers l’un des marchés de gros du centre de l’Archipel.


