La France à la rescousse
En 2006, Nakazawa recevait tellement de demandes d’informations de France qu'il a commencé à réfléchir à la possibilité d'exporter les précieux agrumes japonais à l'étranger. En 2007, il a fait un pas dans cette direction en lançant des exportations de jus de yuzu, de poudre, de confiture et d'autres produits transformés.
En 2008, Nakazawa a rencontré Katô Shinobu, directeur de Kitagawa-mura Yuzu Ôkoku, qui fabrique des produits à partir du yuzu cultivé dans le village de Kitagawa dans la préfecture de Kôchi. Katô Shinobu avait également pour ambition de développer son activité de produits à base de yuzu, en mettant l'accent sur la reconnaissance de la marque premium Kitagawa. Ces idées ont commencé à trouver écho auprès des autorités locales lorsque les récoltes exceptionnelles ont provoqué l'effondrement des prix du yuzu en 2009 et 2010, les incitant fortement à envisager d’élargir le marché vers l'étranger.
En juin 2011, suite à de fortes sollicitations des importateurs français, Nakazawa a pu organiser le premier événement en Europe de dégustation de yuzu, en l’occurrence celui de Kitagawa. La dégustation a eu lieu à Paris au restaurant deux étoiles Senderens, où le chef Jérôme Banctel et le célèbre chef spécialiste de la cuisine fusion japonaise Kumagai Kihachi avaient préparé un repas à plusieurs plats pour 140 chefs locaux et critiques gastronomiques. Le yuzu s’imposait dans chacun des plats, des cocktails jusqu’au dessert. Avant que l'événement soit terminé, enthousiastes, les chefs demandaient comment il était possible de se procurer du yuzu frais.
Cependant, exporter du yuzu n’était pas chose aisée. Les importations d'agrumes sont souvent soumises à des exigences strictes en matière de quarantaine et d'inspection. Aucun accord n’avait par ailleurs été trouvé entre le Japon et l'Union européenne sur les normes d'exportation.
Des normes internationales strictes
La dégustation a rencontré un franc succès, mais des obstacles majeurs subsistaient pour que le Japon puisse commencer à expédier du yuzu frais vers la France. « Dès notre retour de Paris, nous nous sommes tous mis au travail : fonctionnaires locaux, agronomes, agriculteurs, exportateurs, absolument tout le monde », explique Katô de Yuzu Ōkoku.
La première étape consistait à sélectionner un verger modèle capable d’offrir un environnement de production répondant aux exigences strictes de l'UE en matière d'exportation. Nous avons choisi la ferme Tosa Kitagawa, le plus grand producteur de la préfecture de Kôchi.
Le plus grand défi de la ferme, nous explique le propriétaire Tadokoro Masaya, était de réduire l'utilisation de produits agrochimiques tout en s'assurant que le fruit ne présentait ni parasites ni maladies. « Seulement environ un tiers des pesticides autorisés au Japon peuvent être employés », explique Tadokoro Masaya. « Et les normes pour les résidus chimiques sont également extrêmement strictes. Les experts en agronomie de la préfecture ont dû élaborer un nouveau plan d'agriculture. Nous ne pouvions pas avoir recours aux herbicides, nous devions donc tondre toute l'herbe à la main. Et nous a fallu établir une zone tampon de dix mètres tout autour de la section du verger que nous avions mise de côté pour l'exportation du yuzu. Les exigences étaient cent fois plus strictes que pour le marché intérieur. »
Enfin, en février 2012, le ministère japonais de l'Agriculture, des Forêts et de la Pêche a conclu un accord avec l'UE sur les conditions de quarantaine pour les agrumes japonais exportés vers l'Europe. Des normes basiques pour l'exportation de yuzu frais ont finalement pu être définies.
La même année, au mois d’octobre, le yuzu frais a fait ses débuts au Salon international de l'alimentation (SIAL) à Paris, le plus grand salon européen consacré aux produits alimentaires. En l’espace de trois jours, les acheteurs potentiels se sont arrachés tous les yuzu que le Japon avait pu exporter cette saison. Les exportations vers la France ont commencé le mois suivant, en novembre. Depuis lors, la demande n’a cessé d’augmenter, dépassant les capacités de production locales.

