L'égalité devant Dieu

Shimoyama Shigeru au cours de son voyage d'une année en Afrique (avec l'aimable autorisation de Shimoyama Shigeru)

——Il semblerait que cinq Japonais se convertissent à l'Islam tous les mois. Pourtant, à l'occasion de nos visites, nous avons vu très peu de fidèles japonais. Qu'est-ce qui vous a poussé à épouser l'islam alors que celle religion est si mal connue de la plupart de vos compatriotes ?

SHIMOYAMA  Lorsque j'étais étudiant, j'ai descendu le Nil à bord d'un canot pneumatique et séjourné dans les villages riverains. Partout où je faisais escale, il y avait toujours des gens pour me procurer un hébergement pour la nuit, en dépit du fait que je ne connaissais pratiquement pas un mot de leur langue. Les Africains que j'ai rencontrés étaient des musulmans et leur hospitalité m'a profondément impressionné. Plus tard, j'ai appris avec surprise que leur gentillesse prenait sa source dans les enseignements de l'islam.

Cette expérience a été le point de départ pour la personne que je suis aujourd'hui. À dire vrai, je n'ai jamais beaucoup cru en Dieu avant de devenir musulman. Mais une fois que j'ai eu rejoint la communauté islamique et commencé à participer au culte avec d'autres musulmans de toutes les races, tous alignés côte à côte comme des frères, je me suis rendu compte de la merveille que recelait cette foi.

Vue des "nids d'oiseaux", disposés sur les murs extérieurs de Tokyo Camii et illustrant symboliquement le fait que tous les êtres vivants font partie de la création divine.

La raison pour laquelle les fidèles pratiquent en rangs, alignés les uns à côté des autres, touche au cœur même de l'esprit de l'islam, dont le message est que tous les croyants sont égaux devant Dieu. Il y a aussi la croyance en la justice, ou birru, autrement dit l'idée qu'on doit toujours penser en premier aux besoins des autres. Cette croyance vous libère d'un mode de pensée égoïste. Ces idées islamiques sont désormais profondément gravées dans mon cœur.

Motif hexagonal de Tokyo Camii traduisant le concept d'"infinitude" et de "perfection".

L'islam accorde beaucoup d'importance à la justesse du comportement et aux mérites de la charité. Sous l'Empire ottoman, entre le XIVe et le XVIe siècles, un système fondé sur l'idée musulmane de restitution de la richesse à la société a été mis en place pour redistribuer les ressources en excès en fonction des besoins sociaux plutôt que des nécessités de l'acivité économique. Cette tâche incombait à une organisation caritative appelée waqf, précurseur des ONG et des organisations à but non lucratif d'aujourd'hui. Les fonds collectés servaient à construire des hôpitaux, des écoles et autres établissements destinés aux membres les plus faibles de la société. La périphérie des mosquées constituait un environnement propice à l'installation d’écoles, d'hôpitaux, de bazars et de simples maisons de restauration offrant des repas gratuits aux pauvres. Les dons des sultans, des dignitaires de l'État et des citoyens ordinaires étaient utilisés pour combler l'écart entre les riches et les pauvres.