De quoi ont besoin les jeunes jockeys japonais ?
——À quel âge avez-vous monté à cheval pour la première fois ? Devenir jockey était-il un rêve d’enfant pour vous ?
C.L. J’ai dû monter à cheval pour la première fois vers l’âge de cinq ans. Mon père était un jockey de courses d’obstacles, ce qui fait que très jeune déjà, j’étais en contact avec les chevaux. Mais la première fois, c’était un poney... Très vite, j’ai voulu monter pour aller le plus vite possible, je voulais devenir jockey. Mais j’avais 10 ans quand mon père a pris sa retraite des courses, et pendant un période d’environ 4 ans, ma passion pour les courses de chevaux est retombée.
Puis, à l’âge de 14 ans, ma famille s’est déplacée dans le sud de la France et mon père est devenu commentateur d’émissions de compétitions hippiques. Cela a relancé ma passion des courses et je me suis mis à dévorer les journaux spécialisés. Mais en cachette, car mon père, connaissant les difficultés de ce métier, s’opposait à ce que je devienne jockey.
Un jour, j’ai déclaré à mon père : « Je veux aller à l’école de jockeys », il a ouvert de grands yeux, et il m’a envoyé dans un lycée normal. Mais j’avais 16 ans quand j’ai participé pour la première fois à une course, parce qu’en France, contrairement au Japon, il existe des compétitions ouvertes aux amateurs. En réalité, j’ai pu commencer à accumuler de l’expérience tout en suivant ma scolarité dans un lycée ordinaire.
——Que pensez-vous des jockeys japonais?
C.L. Aussi bien Take Yutaka, bien sûr, que Ebina Masayoshi ou Fukunaga Yûichi…sont extrêmement talentueux et construisent de magnifiques carrières. Mais le conseil que je donnerais aux jeunes jockeys, c’est d’aller courir plus souvent à l’étranger, de multiplier les expériences dans tous les pays. Non seulement on développe notre sensibilité, mais ça nous permet également d’apprendre différentes manières de s’entraîner et de monter. Sans compter que l’on améliore sa capacité à lire sereinement une course.
Avant d’avoir 20 ans, j’ai passé 3 ans en apprentissage, à me former 3 mois à chaque fois, aux États-Unis, à Dubaï et en Inde. Cela a renforcé ma capacité à appréhender correctement n’importe quelles conditions de course.
J’aimerais bien que les jeunes jockeys japonais soient plus stimulés, en voyant des jockeys étrangers comme moi venir au Japon. C’est de la compétition que naît l’émulation. Les jockeys japonais respectent scrupuleusement ce qu’on leur a enseigné à l’école de course : qu’il faut toujours conserver sa ligne de course, qu’on ne se glisse pas entre deux chevaux… Ils ne remettent jamais en question ces enseignements. Les jockeys européens sont plus avides, plus agressifs, plus rusés pour prendre la meilleure trajectoire et aller chercher la victoire. Au Japon, on ne voit quasiment jamais les jockeys se disputer entre eux après une course. En Europe, c’est tout le temps (rires) !
——Votre première venue au Japon date de 2002, n’est-ce pas ? Qu’est-ce qui vous a amené ici ?
C.L. Quand j’étais jeune, j’étais prêt à partir n’importe où une opportunité se présenterait. Mais, à l’époque, les conditions d’exercer professionnellement au Japon étaient très sévères, il n’était pas possible d’obtenir de licence sans justifier déjà d’expérience. Mon prédécesseur, Olivier Peslier, avait couru au Japon. En écoutant son vécu sur place, je me suis dit qu’il faudrait un jour aller constater de moi-même. Alors j’ai commencé à accumuler les résultats, et j’ai fait une demande de licence temporaire à la JRA. Et à partir de là, tous les hivers, je suis revenu. Cela fait 15 ans déjà. La première fois que j’ai vu la ville, j’ai pensé : « Ah ! C’est comme dans les mangas ! » (rires).
