Les Allemands qui ont aidé à développer le Japon
Le gouvernement Meiji considérait l’Allemagne, puissance montante en Europe, comme un modèle militaire et technologique plus accessible que la Grande-Bretagne et la France. Un certain nombre d’experts allemands ont été invités :
Edmund Naumann, qui a décrit la dépression tectonique Fossa Magna sur la base de son étude géologique du Japon ; Erwin von Bälz, qui est devenu professeur à l’école de médecine de Tokyo et médecin auxiliaire de la Maison impériale. Il a permis le développement de la lotion « Beltsui » contre la peau sèche, qui est devenue très célèbre dès cette époque, sans oublier son analyse de l’efficacité des sources chaudes de Kusatsu ; Hermann Roesler, qui s’est impliqué fortement dans la rédaction de la Constitution de Meiji, et Jakob Meckel, qui a été nommé à l’École de guerre en 1885 et a converti le système militaire français introduit à la fin de l’époque d’Edo en système allemand.
L’économiste Karl Rathgen, qui a enseigné également le droit et la politique, a été le premier à introduire les séminaires dans les universités japonaises, et l’historien Ludwig Liess a jeté les bases de l’histoire positiviste au Japon. Le pédagogue Emil Hausknecht était responsable du département de littérature allemande de l’université impériale de Tokyo lors de sa fondation en 1887. Le japonologue Karl Florenz, qui lui a succédé, a formé des spécialistes de la littérature allemande et s’est consacré à l’étude de la littérature japonaise.
Dans le domaine des sciences naturelles, Gottfried Wagene a joué un rôle déterminant dans la participation du Japon à l’Exposition universelle de Vienne en 1873, et a été actif dans la recherche et le développement des céramiques Arita-yaki, Kyô-yaki et des émaux. Curt Netto a enseigné les technologies minières dans la préfecture d’Akita et Erwin Knipping a permis l’installation des premières stations météorologiques au Japon (1883).
Dans le domaine des transports et des infrastructures, on peut citer Hermann Rumschöttel, qui a joué un rôle déterminant dans le tracé du chemin de fer de Kyûshû, et Franz Baltzer, qui a conçu le viaduc entre Shimbashi et Ueno.
Franz Eckert, un ancien musicien de la marine, qui a œuvré à la popularisation de la musique occidentale au Japon, et Raphael von Koeber, Allemand d’origine russe, qui a enseigné la philosophie et l’esthétique allemandes ainsi que le piano à l’école de musique de Tokyo, ont développé également des contacts étroits dans le domaine des arts.
Guido Verbeck, pour sa part citoyen néerlandais, conseilla l’introduction de la médecine allemande et l’envoi de la mission Iwakura. Il a joué un rôle important dans la détermination de l’orientation du gouvernement Meiji, qui devait suivre l’exemple de l’Allemagne.
La franchise des échanges est un gage d’amitié
Il est également intéressant de noter que c’est en langue allemande que les connaissances occidentales ont été transmises au Japon, et la culture germanique s’est répandue dans les pays d’Asie de l’Est via le Japon. L’écrivain Mori Ôgai a introduit certaines célèbres œuvres littéraires européennes au Japon, notamment L’Improvisateur, de l’auteur danois Hans Christian Andersen, à partir d’une traduction de l’allemand.
De nombreuses controverses et critiques ont eu lieu dès cette période, en raison des perspectives différentes de l’Allemagne et du Japon. Cependant, la franchise de ces discussions a sans aucun doute approfondi les relations entre les deux pays.
Inversement, les relations entre le Japon et l’Allemagne dans les années 30 nous enseignent que l’admiration, la dévotion et l’attachement excessif à un pays particulier peuvent être néfastes et conduire parfois à la ruine. La faction pro-allemande du ministère des Affaires étrangères et de l’Armée s’opposa à la politique gouvernementale pour se rapprocher de l’Allemagne, ce qui conduisit au pacte tripartite Japon-Allemagne-Italie, faisant des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’Union soviétique des ennemis. C’est une leçon d’histoire que les personnes familières avec l’Allemagne doivent connaître.
Après une nouvelle année perturbée par la catastrophe sanitaire en 2021, nous espérons que les relations nippo-germaniques redeviendront plus actives et que dans dix ans, le 170e anniversaire sera célébré dans les meilleures conditions.
(Photo de titre : Dr. Naumann [à gauche, © Musée de la Fossa Magna] et l’écrivain Mori Ôgai. Kyôdo)
