La nouvelle génération entre en scène : le « thé Sawatoe »

« Le thé noir japonais est moins astringent et plus doux que ses rivaux étrangers. Son bel arôme séduit les consommatrices. Il a pour caractéristique de très bien se marier avec la cuisine et les sucreries japonaises. »

Kishimoto Mika tient un salon de thé appelé « Asunaro » à Niyodo-gawa (préfecture de Kôchi) qui propose des thés des plantations de la région. Elle produit également sa propre marque de thé noir, le « Kaoru-cha » dont elle nous décrit les qualités.

Kishimoto Mika, photographiée dans son salon de thé, le « Asunaro » qui propose des thés produits localement (Niyodo-gawa, préfecture de Kôchi, le 21 juillet 2023).
Kishimoto Mika, photographiée dans son salon de thé, le « Asunaro » qui propose des thés produits localement (Niyodo-gawa, préfecture de Kôchi, le 21 juillet 2023).

À Sawatari, un secteur de Niyodo-gawa, la théiculture a une longue histoire et les thés « Tosa » sont renommés auprès des connaisseurs. Plus bas dans la plaine coule la Niyodo, un cours d’eau limpide célèbre pour sa couleur bleue. Les plants de thé semblent couvrir les flancs abrupts des montagnes environnantes. Avec le vieillissement de la population, le nombre d’exploitants a diminué et des plantations de thé sont à l’abandon.

Kishimoto Mika et son mari Noriaki ont d’abord vécu dans la ville de Kôchi, mais le couple décide de reprendre l’exploitation de thé du grand-père de Noriaki pour préserver à Sawatari, les magnifiques paysages de plants de thé en terrasses et ils déménagent à Niyodo-gawa avec leur fille en 2004. Noriaki trouve dans la région un travail dans le secteur de la métallurgie et apprend le savoir-faire auprès de son aïeul tout en travaillant chez Nittetsu Mining. Sept ans plus tard, il est exploitant agricole à plein temps.

Vue d’une plantation de thé à flancs de montagne, sur les bords de la Niyodo, dans le secteur de Sawatari. (Photo prise le 21 juillet 2023 à Niyodogawa, préfecture de Kochi)
Vue d’une plantation de thé à flancs de montagne, sur les bords de la Niyodo, dans le secteur de Sawatari. (Photo prise le 21 juillet 2023 à Niyodogawa, préfecture de Kochi)

Noriaki est aujourd’hui à la tête de la Viva Sawatari et Mika gère la partie café de l’entreprise. Le thé Sawatari s’est fait un nom. Il propose une large gamme de thés verts ou de hôji-cha, la maison dispose même d’un site de vente en ligne. Ce fut un dur labeur, mais leurs efforts ont été récompensés, ils sont maîtres de toute la chaîne, de la production à la vente, en passant par le conditionnement.

Le café Asunaro a ouvert ses portes en 2018. La vue en surplomb depuis la terrasse est spectaculaire. « De nombreux clients étrangers nous ont découverts grâce aux réseaux sociaux. Il s’agit pour la plupart de touristes venant de Taïwan, de Hong Kong et de Chine, mais avant la pandémie de coronavirus, nous avions aussi des visiteurs occidentaux. », explique Mika.

La vue depuis la terrasse est spectaculaire. Au café « Asunaro », on sert également du thé noir japonais. (Photo prise le 21 juillet 2023, à Niyodo-gawa, préfecture de Kôchi)
La vue depuis la terrasse est spectaculaire. Au café « Asunaro », on sert également du thé noir japonais. (Photo prise le 21 juillet 2023, à Niyodo-gawa, préfecture de Kôchi)

Des boutiques spécialisées et des livres d’initiation au thé noir japonais toujours plus nombreux

« Shinjuku Kôya » est un magasin de fruits installé dans l’arrondissement de Shinjuku à Tokyo. Connu pour son site de dégustation de fruits frais, c’est aussi depuis longtemps un excellent débit de thé. Il a été dans les premiers à croire en l’essor du thé noir et a ouvert en 1973 un « India Tea Center » dans son établissement mère de Shinjuku. On y trouve des thés venant d’Inde ou du Sri Lanka, mais un stand consacré aux thés noirs japonais bio vient d’être inauguré. Il propose notamment des crus de « Beni-fûki » venant de la préfecture de Kagoshima ou de « Beni-hikari » produits à Tottori.

Le stand de thé noir japonais bio du Shinjuku Kôya. (Photo prise le 24 juin 2023)
Le stand de thé noir japonais bio du Shinjuku Kôya. (Photo prise le 24 juin 2023)

Kureha est située à Yanagi, dans la ville de Saga. Cette boutique qui a ouvert en 2001 se veut l’avocat des thés noirs japonais. Le bâtiment centenaire sur l’ancienne route de Nagasaki a été totalement réaménagé. Okamoto Hiroshi en est le gérant. Son parcours est unique. Après une première vie comme routier, Okamoto s’est reconverti. Désormais il rend personnellement visite aux producteurs de thé de tout l’archipel. « Les thés noirs que je vends ici, je suis allé les goûter moi-même. Je les ai soigneusement sélectionnés. »

« Momiji », une boutique spécialisée dans les thés noirs japonais implantée dans la ville de Saga. (Photo prise le 15 juillet 2023)
« Momiji », une boutique spécialisée dans les thés noirs japonais implantée dans la ville de Saga. (Photo prise le 15 juillet 2023)

« Le livre du thé noir japonais » (wakôcha no hon) écrit par Okamoto est sorti en mai 2013. Cet ouvrage d’inititation couvre tous les sujets, de comment faire son choix parmi les nombreux crus de thé noir produits sur l’archipel, à la préparation pour une dégustation parfaite. Un deuxième tome intitulé « Marier les thés noirs japonais » (wakôcha pairing), doit paraître à l’automne.

En octobre 2019, Fujiwara Kazuki a supervisé la publication d’un « Guide complet des crus régionaux de thés noirs japonais » (Nippon no ji-kôcha « kanzen gaido ») qui présente à l’aide de photos en couleur plus de 450 variétés de thé noir japonais vendues dans 141 exploitations, fabricants et coopératives sur tout l’archipel.

Des boutiques spécialisées en thé noir japonais fleurissent toujours plus nombreuses sur Tokyo, sa région mais aussi dans le reste du pays. Depuis peu, ce thé est aussi conditionné en bouteilles plastiques. En avril 2022, l’entreprise Asahi a lancé sur le marché une nouvelle marque de « thé noir japonais non sucré», proposé en bouteilles de 500 ml et fabriqué à 100 % avec des feuilles de thé produites dans la préfecture de Kagoshima. Et il n’est pas rare de trouver ainsi conditionnés en bouteille d’autres crus locaux, comme le thé noir japonais de Sashima (préfecture d’Ibaraki) ou celui d’Ise (préfecture de Mie).

Quel beau symbole de renouveau, on dirait voir refleurir un champ de fleurs resté trop longtemps en friche...

Livres et produits relatifs aux différents thés noirs japonais
Livres et produits relatifs aux différents thés noirs japonais