Les trois piliers d’un système immunitaire sain
En résumé, pour se doter d’un système immunitaire en bonne santé, il faut maintenir un microbiote intestinal varié et équilibré. Les lactobacilles et autres bactéries alliées naturellement présents dans les aliments fermentés peuvent aider à maintenir un environnement intestinal sain, tout comme ils le font pour le sol.
« Les micro-organismes présents dans les aliments comme le miso et la sauce soja aident à stimuler et à équilibrer la flore intestinale » explique Yoshida Toshimichi. Les légumes biologiques, quant à eux, fournissent les micronutriments et les fibres sur lesquels ces bactéries bénéfiques se développent. De plus, les substances phytochimiques présentes dans les légumes – en particulier les légumes biologiques frais de saison – constitueraient un bon rempart contre les inflammations, notamment à l’origine du cancer et de diverses maladies chroniques.
Troisième élément essentiel pour un intestin et un système immunitaire en bonne santé : les minéraux. « Vous pouvez obtenir les minéraux dont vous avez besoin grâce à des aliments comme les algues, les anchois, les grains entiers, les huiles végétales non raffinées (huiles d’olive, de graines de lin et de perilla), le tofu et le sel noir » explique-t-il.
Pour Yoshida Toshimichi, les trois piliers alimentaires d’un système immunitaire fort sont les aliments fermentés, les légumes biologiques riches en fibres et les produits de la mer et de soja riches en minéraux et micronutriments ; tout autant d’éléments présents dans le régime alimentaire traditionnel japonais. Et Yoshida Toshimichi lui-même a pu en constater les bienfaits.
En 2012, sous sa direction, l’école élémentaire Nio de Mitoyo, dans la préfecture de Kagawa, a entamé un programme visant à renforcer le système immunitaire des enfants face aux infections virales à l’aide d’une alimentation saine. En plus des aliments fermentés et de nombreux légumes de saison – préparés pour maximiser la valeur nutritive – les menus de l’école ont commencé à intégrer un assaisonnement naturel à base de poisson séché en poudre (anchois et poisson volant), de varech konbu et de champignons séchés shiitake. Les enfants et leurs familles ont ainsi appris les principes de la nutrition et d’une alimentation saine, notamment en mastiquant chaque bouchée au moins 30 fois.
Une évolution de la température basale, température la plus basse atteinte par le corps au repos, a immédiatement été constatée. Selon une première enquête menée en 2012 par l’école, 30 % des enfants avaient une température de 35°C ou moins. En 2013, moins de 5 % avaient une température inférieure à 35°C. Deux ans après le début du programme, la proportion d’enfants ayant une température basale de 36,5°C ou plus était passée de moins de 30 % à plus de 80 %. Et les effets bénéfiques du programme se sont fait sentir sur le nombre total de jours d’absence des enfants par an également puisqu’il est passé de 764 en 2012 à 172 en 2013 et à 66 en 2014.
« Constatez par vous-même la différence au bout de quatre semaines seulement ! » explique Yoshida Toshimichi. Les parents ont même remarqué des changements positifs dans la texture des cheveux et des ongles, et la consistance des selles de leurs enfants. Les enseignants et les parents sont par ailleurs unanimes sur les effets bénéfiques sur le comportement et l’activité physiques des enfants : ils semblent moins distraits, moins grincheux, moins hyperactifs et cherchent moins à se chamailler avec leurs camarades. Cette observation vient corroborer un nombre croissant de preuves selon lesquelles la composition du microbiote intestinal pourrait avoir un impact sur la santé émotionnelle et physique.
Vers une flore intestinale plus robuste
À l’instar de ses techniques agricoles, les directives diététiques de Yoshida Toshimichi s’appuient certes sur des siècles de sagesse populaire japonaise, mais les préceptes qu’elles inculquent sont également soutenus par la science moderne. En mars 2020, lors d’un symposium en ligne intitulé « Une méthode miracle pour élever ses enfants » (Kiseki o okosu kosodate), Yoshida Toshimichi a dressé une liste de recommandations pour avoir un système immunitaire équilibré et en bonne santé, en commençant par l’intestin.
- Tous les jours, boire un bol de soupe miso généreusement accompagné de légumes et / ou de tofu. Pour les minéraux, ajouter des anchois séchés et des algues.
- Bien lire les étiquettes des produits et choisir de la sauce de soja et du miso fermentés naturellement sans alcool, sans conservateurs, sans colorants alimentaires artificiels ou autres additifs chimiques.
- Prendre l’habitude de mastiquer chaque bouchée 30 fois.
- Ne manger que jusqu’à être rassasié à 80% (hara hachibu) et laissez votre estomac vide pendant de plus longues périodes. Le jeûne stimule le système immunitaire.
- Garder votre partie abdominale au chaud et éviter de manger trop d’aliments ou de fruits froids le soir.
Pour Yoshida Toshimichi, alimentation saine et agriculture durable sont les deux faces d’une même médaille. « Je travaille pour une agriculture durable qui produit des sols plus sains, des légumes plus sains et des consommateurs en meilleure santé » explique-t-il.
L’agriculture biologique et le recyclage des déchets alimentaires permettent pour les êtres humains de reconstruire leur lien spirituel avec la nature. C’est ce qu’il explique dans son livre « Super introduction à la culture de légumes sains » (Genki yasai-zukuri chô nyûmon) : « L’expérience de participer au cycle organique de la nature suscite la sensation réconfortante d’être soutenu par la terre. Il stimule notre sentiment de gratitude envers le sol et la nourriture que nous mangeons, et peut même sensibiliser davantage au fait que tout dans ce monde a un but. »
À une époque où l’humanité et la nature semblent enferrées dans des conflits, le message de Yoshida Toshimichi commence à trouver écho.
(Photo de titre : Yoshida Toshimichi dans la ferme Kinchan, image extraite du documentaire Itadakimasu. Photo avec l’aimable autorisation de Ihatovo Studio)