Découvrir les avantages de l’école publique
Du CP à la troisième, quand l’école internationale était en vacances d’été pendant trois mois au milieu de chaque année, Rena allait à l’école publique. « J’avais grandi dans un environnement où se teindre les cheveux et porter des boucles d’oreilles était normal. En arrivant à l’école publique, j’ai dû reteindre mes cheveux en noir et enlever mes piercings. Mais j’ai bien aimé. Grâce à l’école publique, je me suis fait des amis dans le quartier et j’ai pu voir les avantages de l’éducation japonaise. »
L’année dernière, l’adolescente a réalisé un documentaire de huit minutes sur l’éducation au Japon sur la base d’entretiens qu’elle avait menés auprès d’élèves et d’enseignants d’écoles privées et publiques. Pour certains, la force de l’école publique réside en ce que les jeunes y étudient de la même manière, sur tous les domaines et suivant un même programme, pour d’autres « le problème du clou qui dépasse » ou « la question de la diversité » restent des défis à relever.
Rena explique pourquoi elle trouve que les écoles publiques présentent, en un sens, plus de « diversité ».
« À l’école publique, il y avait des enfants de parents isolés et il y avait aussi des enfants (de familles pauvres) dont les repas scolaires calmaient la faim. Dans les écoles internationales, il y a beaucoup d’enfants issus de milieux aisés qui mènent une vie normale. En classe, j’ai pu être confrontée à la pauvreté et à divers problèmes sociaux. En fait je ne savais pas ce que c’était d’être pauvre. »
Elle est persuadée que si en cours, on leur donnait l’occasion de réfléchir aux questions sociales, ces élèves, qui connaissent les difficultés de la vie et pour qui les inégalités sont une réalité quotidienne, pourraient sûrement prendre davantage conscience des problèmes et de la nécessité de changer la société par eux-mêmes.
« On mettrait à profit le vivier des écoles publiques avec des cours où les élèves pourraient réfléchir aux problèmes auxquels ils sont confrontés. Il vaudrait mieux que dans les classes, on ne se contente pas de nier la situation actuelle du Japon, mais qu’on en reconnaisse plutôt le côté positif et qu’on en développe le potentiel. »
Des jeunes Japonais « indifférents » à la politique ?
Dans son discours à la cérémonie de remise du Prix international de la paix des enfants , elle a déclaré avoir commencé à militer par « frustration » car elle n’arrivait pas « être fière » du pays où elle avait vu le jour.
« Je pense que je parle pour ma génération. Pour autant que je sache, on est tous en colère et on se méfie des politiciens. Nous, les enfants du numérique, avons vu sur les réseaux des informations négatives dès notre plus jeune âge. Il est normal de ressentir de la colère et de la frustration pour ces politiciens qui abusent de leur position, pour ces députés qui ronflent et somnolent pendant que d’autres débattent. »
Au Japon, le taux de participation des jeunes aux élections est faible. Pour Rena, si les jeunes s’abstiennent, ce n’est pas parce qu’ils sont indifférents à la politique, ils pensent plutôt que leur opinion ne sera de toute façon pas entendue et que leur vote ne changera rien. (Voir notre article : Les jeunes Japonais éloignés de la politique : comment les sensibiliser à l’importance du vote ?)
Convaincue de la nécessité de créer un lieu pour que les jeunes renouent avec la politique, elle lance le groupe « Parlons avec les politiciens » qui propose des rendez-vous virtuels où jeunes et élus du terrain peuvent échanger.
À Osaka, sa ville de naissance, elle a convié aux débats des députés et des membres du conseil municipal. « Quel que soit leur bord politique, ils ont montré combien ils étaient investis et nous l’avons bien ressenti. C’est pourquoi, à notre tour, nous avons voulu leur faire passer notre message. Oui nous aussi, nous nous intéressons à la politique et aux questions sociales. Si on se contente de penser que de toute façon les seniors n’écoutent pas, ou que les jeunes s’en fichent, l’écart persistera. Certains députés nous ont confié que les échanges leur avaient ouvert les yeux, que pour la première fois, ils réalisaient combien les jeunes étaient en fait conscients de toutes sortes de problèmes. »
« Quoi qu’il en soit, nous devons continuer à exprimer nos réelles opinions et à parler les uns aux autres. Nous ne sommes pas obligés de changer d’avis ou de se laisser influencer. Grâce à tout ce que j’ai fait jusqu’ici, je sais que même quand les avis diffèrent, il est toujours possible de trouver un terrain commun. Partant de là, le plus important maintenant est de savoir quelles idées constructives nous pouvons générer et mettre en œuvre. À nous de continuer, d’agir en dépassant la colère et en étant forts de la confiance en l’avenir dont les adultes ont su nous faire part. »
Mais récemment, quel « kif » !
Après le lycée, elle pense aller à l’étranger pour étudier à l’université les sciences politiques et sociales. « À la fac, à côté de mes études, je voudrais trouver le moyen d’intéresser les jeunes à la politique et réussir à faire bouger les lignes. »
Plus tard, la jeune femme aimerait travailler au Japon dans l’administration. Pour l’instant, elle participe à des projets d’urbanisme pour un Tokyo plus durable. Elle tente également de porter la voix des jeunes et fait en sorte que le conseil municipal de Niihama (préfecture d’Ehime) entende leur message. Les instances municipales ont trouvé que ses propositions « étaient pleines d’éclat ».
« Je crois vraiment qu’ils initient le mouvement qui permettra aux citoyens de renouer avec la politique. »
« Quand je travaillerai dans l’administration, je voudrais pouvoir apporter du soutien aux femmes, aux jeunes et aux personnes issues des minorités. J’aimerais que le changement vienne du politique et des instances locales. Aujourd’hui, c’est moins la “frustration” que le “kif” qui est le moteur de mon action ! »
(Interview et texte d’Itakura Kimie, de Nippon.com. Photo de titre avec l’aimable autorisation de KidsRights 2022)

