Et le meilleur thé au monde est ...

Les thés noirs japonais ont continué de gagner en qualité ces dernières années. En octobre 2022, l’un d’eux a remporté le premier prix au premier Concours international du thé organisé à Londres par la « UK Tea Academy » (organisme britannique d’accréditation des thés) alors que pas moins de 300 crus de thé vert, d’oolong, de thé blanc et autres étaient en lice.

Le thé ayant non seulement remporté l’or dans la catégorie « Thés noirs de Chine, Taïwan, Myanmar, Vietnam et Japon », mais qui a aussi gagné le prix « Best In Show » récompensant le meilleur de toutes les médailles d’or en compétition, est le « Beni-fûki cueillette d’été » (Natsu-tsumi beni-fûki) de l’exploitation Kajihara, à Ashikita (préfecture de Kumamoto).

Selon les informations tirées du site Internet de Kajihara et corroborées par d’autres sources, Kajihara Toshihiro, actuel propriétaire de l’exploitation et troisième dirigeant de l’entreprise familiale, serait né en 1960. Après le lycée, il est entré à l’université agricole préfectorale de Kumamoto, où il a choisi la filière thé. Diplômé, il retourne à 20 ans dans sa ville natale et travaille dans l’agriculture et poursuit son dur apprentissage à Taïwan et en Chine. Kajiwara, se décrit comme un « petit exploitant », n’utilisant aucun pesticides ou engrais chimiques. Il œuvre dans sa plantation de thé située en montagne, là où « le brouillard est profond, les variations de température intenses mais là où l’air et l’eau sont si purs ». C’est dans cet environnement unique que le meilleur thé noir du monde a vu le jour.

« Terroirs : de l’histoire, de l’espace et de la répartition des vins et des thés » (Terroirs, wine to cha wo meguru rekishi, kûkan, ryûtsû, éditions Shôwadô)
« Terroirs : de l’histoire, de l’espace et de la répartition des vins et des thés » (Terroirs, wine to cha wo meguru rekishi, kûkan, ryûtsû, éditions Shôwadô)

Dans le monde du vin, chaque cru est unique, car ancré au terroir qui l’a vu naître, au sol et au climat qui lui donnent son goût inimitable. Dans « Terroirs : de l’histoire, de l’espace et de la répartition des vins et des thés » (Terroirs, wine to cha wo meguru rekishi, kûkan, ryûtsû), Akamatsu Kazue et Nakagawa Osamu (ouvrage publié en mai 2023) disent des thé japonais qu’ils pourraient « faire l’objet d’un label adossé à un terroir notamment pour les petites exploitations en montagne qui sont relativement proches les unes des autres ou qui cultivent des espèces indigènes et minoritaires telles que les thés Ureshino ou Yame ».

Le livre rappelle que le concept de terroir inclut la notion de « coopération de l’homme avec la nature », et souligne que l’activité humaine est aussi un facteur important.

L’histoire du renouveau du thé noir japonais est ponctuée de péripéties. Selon les régions, le climat et les saisons varient grandement, chaque exploitant, chaque exploitation grande ou petite est le fruit d’une histoire unique, les liens qui se tissent entre le produit et les consommateurs qui le plébiscitent, voilà tout ce qui en fait la richesse et qui a permis cette renaissance.

Brève histoire du thé noir japonais, le wakôcha

1874 Le gouvernement Meiji distribue le « Manuel de fabrication du thé noir » dans toutes les préfectures afin d’encourager la production.
1875 Le gouvernement envoie Tada Motokichi, un ancien vassal du shogunat, dans la Chine des Qing faire des recherches sur l’industrie du thé.
1876 Tada Motokichi et sa mission ramènent d’Inde des graines de cultivars de thé Assam.
1877 Dans la préfecture de Kôchi, la production de thé noir indien atteint les 3 tonnes environ.
1878 Mitsui & Co. commence à exporter à grande échelle le thé noir japonais.
1927 Lancement du « Mitsui kôcha », le premier cru japonais de thé noir (aujourd’hui appelé le nittô-kôcha).
1971 Libéralisation complète de l’importation des thés noirs étrangers, l’industrie japonaise du thé noir est terrassée.
1993 Homologation d’un nouveau cru de thé noir appelé « Beni-fûki ».
2002 Le premier Sommet japonais du thé noir se déroule à Nawa, dans la préfecture de Tottori.
2010 La production nationale de thé noir dépasserait les 100 tonnes.
2018 Création de l’Association japonaise des thés noirs régionaux.
2022 Un thé noir japonais produit dans la préfecture de Kumamoto remporte au Royaume-Uni, le premier prix du Salon international du thé.

(Photo de titre : Nakajima Hiroshi, PDG du Nakajima Ryokucha-en, est photographié sur sa plantation de thé à Ureshino, préfecture de Saga, le 15 juillet 2023. Toutes les images sont de l’auteur à l’exception de la couverture du livre.)