Des coûts en hausse
Les repas servis dans les cantines scolaires peuvent plus ou moins être divisés en trois catégories principales. La première catégorie concerne les écoles qui composent elles-mêmes leurs propres repas dans des cuisines prévues à cet effet ; la deuxième concerne des écoles qui délèguent la préparation de ces repas et les redistribuent à plusieurs écoles ; la troisième comprend des méthodes autres, telles que des opérateurs privés.
Chaque méthode est adaptée à la situation locale. Dans tous les cas, prudence est mère de sûreté, les normes d’hygiène rigoureuses couvrant des domaines aussi différents que la gestion des installations et la manipulation ainsi que de la nourriture. Afin de se préparer à des risques tels que des épidémies de norovirus ou encore récemment la multiplication des allergies alimentaires chez les enfants, la mise en place systématique de mesures est en cours, notamment la mise à jour des manuels et l’introduction de système de gestion appropriés.
Le coût des repas scolaires est en général assumé par les gouvernements locaux ainsi que les parents ou les responsables légaux des enfants. Les autorités prennent en charge les frais des installations, les réparations, la main-d’œuvre et les services publics, et les familles la nourriture. Mais des problèmes tels que des inquiétudes concernant l’approvisionnement en céréales, conséquence de l’invasion russe en Ukraine, la flambée des cours du pétrole et des aliments pour animaux, les conditions de climat anormales dans le monde et la propagation de la grippe aviaire ont eu un impact majeur. La flambée des prix des ingrédients ces deux et trois dernières années a eu pour conséquence que les dépenses ne pouvaient plus être prises en charge par les parents, et les coûts élevés du riz ne font qu’alourdir la facture depuis l’été dernier. Il est clair que de nouvelles mesures permettant de venir en aide aux familles sont nécessaires.
Selon une étude menée par le ministre de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT), en date de mai 2023, des repas scolaires étaient distribués à quelque 9,2 millions d’enfants dans 29 204 écoles primaires et collèges répartis dans tout le Japon. Par ailleurs, une étude du Bureau du gouvernement datant de 2021 révèle que 14 % des enfants, soit près de 1 sur 7, bénéficiaient d’une aide publique leur garantissant un repas le midi. Comme je l’ai évoqué dans mon article précédent, le système de repas scolaire est basé sur un idéal qui consiste à garantir des repas pour tous les enfants, quelle que soit la situation chez eux. Et cela est toujours vrai à une époque dite d’abondance.
Réduire la charge laissée aux familles
Selon une autre étude du MEXT, en septembre 2023, près de 30 % des municipalités, soit 547 au total, proposaient des repas scolaires 100 % gratuits dans les écoles primaires et collèges, sept fois plus que lors de la dernière édition de l’étude, en 2017. Ce phénomène traduit un mouvement vers des repas scolaires gratuits, s’inscrivant dans le cadre des efforts déployés pour encourager la natalité, c’est-à-dire en réduisant les coûts à charge.
Depuis janvier 2025, les repas scolaires sont gratuits dans toutes les municipalités de la capitale, sans exception. Cependant, cette mesure ne fait pas l’unanimité. Est-ce que les enfants devraient recevoir un repas gratuitement s’ils habitent dans telle ou telle ville ? La gratuité des repas scolaires ne devrait-elle pas être laissée à la discrétion du gouvernement national ? Le sujet fait débat au Parlement. Par ailleurs, afin d’assurer la pérennité du système de restauration en place dans le pays, il faut également réfléchir à la composition des repas pour les enfants ; comment leur proposer de bons repas sains et nutritifs ?
Je suis le directeur du Musée de l’histoire des repas scolaires. Dans notre établissement sont exposées des reconstitutions de repas scolaires et des photos illustrant le sujet. Ces précieux clichés renseignent sur le contexte social et économique, ainsi que la situation alimentaire de l’époque, montrant à quel point les repas scolaires tels que nous les connaissons aujourd’hui sont le résultat d’un grand enthousiasme, de dur labeur et de volonté de surmonter les obstacles. Il apparaît clairement que ces personnes souhaitaient plus que tout que les enfants grandissent en bonne santé, avec un bel avenir devant eux.
Ce que je souhaite c’est que les enfants prennent leur repas le midi à la cantine avec le sourire et soient impatients de savoir ce qu’ils vont manger le lendemain. Je souhaite aussi qu’ils comprennent à quel point leur vie est précieuse et qu’ils pensent à ceux qui sont à l’origine de la nourriture qu’ils consomment, à ceux qui la prépare et à la société dans son ensemble.
(Photo de titre : un représentant d’une coopérative de pêche explique à des écolières comment retirer la carapace d’un crabe des neiges rouge, ville d’Imizu, dans la préfecture de Toyama, le 8 octobre 2024. © Conseil de l’éducation d’Imizu)


