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Un siècle de boissons et de petits plats : le charme délicieux des plus anciens « izakaya » de Tokyo

Gastronomie Tourisme

Kumazaki Takashi [Profil]

Les izakaya sont généralement des endroits où l’on se réunit entre amis ou collègues pour dîner dans une ambiance chaleureuse. À mi-chemin entre un bar et un restaurant, ils ont leur propre style, mais peu d’entre eux peuvent se targuer d’avoir un héritage aussi riche que Mimasuya et Yamashiroya Sakaba, vieux de plus d’un siècle. En fin d’article nous avons listé quelques autres établissements très anciens.

Mimasuya : une véritable icône des dîners tokyoïtes

Ouvert en 1905, l’idéogramme de l’izakaya Mimasuya peut être admiré de chaque côté de la boutique, depuis la lanterne rouge oscillant près du petit rideau noren en corde à l’entrée jusqu’au revêtement cuivré de l’extérieur. Nichée dans une rue latérale discrète du quartier de Kanda, à Tokyo, la boutique accueille les clients à travers des portes coulissantes avant de les envelopper dans l’ambiance chaleureuse d’une salle à manger en bois aux tatamis bien usés. Un petit autel shintô situé sous le plafond patiné surveille la scène, ajoutant une touche finale à cette atmosphère nostalgique.

L’extérieur de Mimasuya. Ouvert à partir du début de soirée, le magasin attire de nombreux clients même en semaine.
L’extérieur de Mimasuya. Ouvert à partir du début de soirée, le magasin attire de nombreux clients même en semaine.

La salle à manger a un charme agréablement ancien.
La salle à manger a un charme agréablement ancien.

Okada Kaori, issue de la quatrième génération à gérer le restaurant familial, explique fièrement que l’izakaya a survécu aux guerres, aux pandémies et aux catastrophes naturelles au cours de sa longue histoire. « La structure originale a été détruite lors du grand tremblement de terre du Kantô en 1923 », raconte-t-elle. « Mais après cinq ans de frugalité et d’économies, le fondateur a pu reconstruire l’établissement. Nous avons fermé de nouveau pendant la Seconde Guerre mondiale, quand il n’y avait plus de saké à disposition et que tout le métal, y compris les louches, était réquisitionné pour l’armée.

Lors des bombardements alliés sur la ville, le bâtiment a été épargné par les flammes grâce aux efforts des chaînes humaines équipées de seaux d’eau qui ont sauvé une grande partie de la zone de Kanda. « Nous n’avons plus fermé depuis, jusqu’à l’arrivée de la pandémie de coronavirus. »

Kanda a une longue tradition en tant que zone de commerce, et Mimasuya a bâti sa réputation en servant les travailleurs acharnés et les habitants du quartier, qui venaient se restaurer dans l’établissement après leur service chez les imprimeurs et les autres ateliers de la région. Ces entreprises ont en grande partie été remplacées par des immeubles de bureaux, dont les employés envahissent désormais l’izakaya en semaine comme durant les week-ends. Un changement notable par rapport au passé est que la clientèle inclut désormais des groupes de jeunes femmes, ainsi qu’un nombre croissant de touristes étrangers, venus profiter de l’atmosphère et de la cuisine de cet établissement historique.

Okada Kaori, gérante de la quatrième génération, a récemment pris les rênes de l’entreprise, succédant à son père Katsutaka, qui a démissionné à la suite de la pandémie.
Okada Kaori, gérante de la quatrième génération, a récemment pris les rênes de l’entreprise, succédant à son père Katsutaka, qui a démissionné à la suite de la pandémie.

Préserver des traditions savoureuses

Mimasuya doit son succès centenaire à une simple recette : en offrant aux clients des plats réconfortants, délicieux et copieux à des prix abordables, ils reviennent régulièrement. L’izakayapropose un menu rempli de mets traditionnels. Kaori a établi un classement des cinq plats les plus populaires : le gyû-nikomi (bœuf mijoté), les brochettes yakitori, le dojô no maruni (lottes mijotées entières), le yanagawa nabe (lottes mijotées avec des œufs), et le baniku no sakurasashi (sashimi de viande de cheval). Elle place le bœuf mijoté, un plat inventé par le deuxième propriétaire, en tête de liste, bien qu’elle admette que le niku-dôfu (bœuf mijoté et tôfu) est lui aussi particulièrement prisé. « Ce sont tous deux des classiques, et il y a de nombreux clients qui, selon leurs préférences, demandent l’un ou l’autre systématiquement. »

Le célèbre gyû-nikomi de Mimasuya
Le célèbre gyû-nikomi de Mimasuya

Le baniku no sakurasashi
Le baniku no sakurasashi

Les lottes font également partie des plats les plus populaires, ces poissons d’eau douce étant appréciés des habitants de Tokyo depuis l’époque où la ville s’appelait encore Edo. Un repas classique comprenant une variété de plats coûte autour de 5 000 yens par personne (30 euros), ce qui, compte tenu de la générosité de cette cuisine traditionnelle, constitue un tarif raisonnable pour une soirée dans la capitale.

Le succulent dojô no maruni
Le succulent dojô no maruni

À l’instar de nombreux anciens établissements japonais, le menu de Mimasuya est affiché sur une collection de longues planches rectangulaires accrochées au mur de l’établissement. Preuve supplémentaire de l’héritage du restaurant en tant qu’izakaya destiné à la classe ouvrière, les noms des plats, la plupart ayant été écrits à la main par le père de Kaori alors qu’il dirigeait encore le magasin, se sont estompés avec le temps, au point d’être à peine lisibles pour certains. « Je ne réécris une enseigne que lorsque le prix augmente », déclare la gérante actuelle, insistant sur le fait qu’elle ne le fait que bien rarement. « L’augmentation des coûts rend nos affaires difficiles, mais mon père m’a appris à considérer que je serais la dernière à augmenter les prix. »

Le menu est affiché sur le mur de Mimasuya
Le menu est affiché sur le mur de Mimasuya

Suite > Yamashiroya Sakaba : c’est dans les vieux plats qu’on fait les meilleurs encas

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tourisme gastronomie restaurant Izakaya

Kumazaki TakashiArticles de l'auteur

Rédacteur freelance né en janvier 1971 à Gifu. Diplômé de l’Université Meiji, il est éditeur pour un magazine de football avant de s’établir à son compte en 2000. Il fait des reportages et écrit sur de nombreux sujets sportifs – football, baseball, rugby – mais aussi sur le mah-jong ou encore les cuisines du monde. Il est l’auteur de plusieurs livres parmi lesquels « Au pays des mots du football » (Sakkâ kotoba rando, collectif, Korocolor).

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