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« Sengoku », un manga pour se plonger dans le Japon de la série « Shogun »

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Hotta Junji [Profil]

Le manga Sengoku a connu une grande popularité au Japon pour sa représentation réaliste des samouraïs de l’époque des Provinces combattantes, au XVIe siècle. L'œuvre se déroule presque à la même époque que la série Shogun, avec laquelle il est possible d’établir un parallèle.

Une histoire de samouraïs qui passionne le monde entier

Le drame historique Shogun, produit par FX, affilié à Disney, a connu un succès mondial. Lors de 76e cérémonie des Emmy awards, la série a remporté 18 prix dont celui du meilleur film, et son acteur principal, Sanada Hiroyuki, celui du meilleur acteur.

Basé sur le roman du même nom publié en 1975 par l’auteur britannique James Clavell, l’histoire se déroule au Japon en 1600 et dépeint la lutte féroce pour le pouvoir entre les seigneurs de la guerre à travers les yeux de John Blackthorne, un marin anglais dont le bateau s’est échoué sur le rivage.

Blackthorne a rencontré au Japon un seigneur appelé Yoshii Toranaga. Si Toranaga, Blackthorne et son interprète Mariko sont des personnages de fiction, les modèles sont des personnes réelles et l’histoire dépeint de nombreux faits historiques.

L'acteur principal Sanada Hiroyuki sur le tapis rouge de l'Academy Theatre. Shogun a été visionné 9 millions de fois au cours de ses six premiers jours de distribution mondiale. Los Angeles, le 13 février 2024 (AFP/Jiji Press)
L’acteur principal Sanada Hiroyuki sur le tapis rouge de l’Academy Theatre. Shogun a été visionné 9 millions de fois au cours de ses six premiers jours de distribution mondiale. Los Angeles, le 13 février 2024 (AFP/Jiji Press)

Plutôt l’honneur que la loyauté

Depuis son origine, le Japon était gouverné par des empereurs. Cependant, au début du Moyen-Âge, une classe d’individus appelés samouraïs a émergé de la classe des défenseurs des frontières. Leur chef, sous le titre de shôgun, s’est emparé du pouvoir à la fin du XIIe siècle.

L’empereur a tenté à deux reprises de riposter et a réussi à reprendre le pouvoir au XIVe siècle. Cependant, le guerrier Ashikaga Takauji sur lequel il s’était appuyé pour la restauration impériale a fait défection est lui-même devenu le nouveau « shôgun », consolidant le régime des samouraïs.

Cependant, le shogunat (gouvernement militaire) des Ashikaga a vite été en proie à des conflits internes et la guerre civile s’est étendue tout au long du XVe siècle, conduisant finalement à l’établissement de petits royaumes de seigneurs féodaux dans la majorité des régions du Japon perpétuellement en guerre les uns contre les autres. C’est la période des « Provinces combattantes », ou Sengoku (戦国).

La saison 1 de la série télévisée Shogun se déroule à la fin de cette époque. Elle dépeint Toranaga initiant une nouvelle dynastie de shôgun qui ramène la paix en regroupant la totalité du pays sous son autorité. S’il est un personnage fictif, il est fortement inspiré de Tokugawa Ieyasu qui a effectivement assumé ce rôle.

Dans Shogun, la valeur suprême des samouraïs est la loyauté. Ils juraient fidélité absolue à leur seigneur. L’idée sous-jacente est celle du « destin ». Chaque personne a un destin mais si celui-ci impose de provoquer une destruction, il est possible de résister en choississant soi-même la mort. Telle est la base morale derrière le rituel appelé seppuku.

Cependant, si les samouraïs de Shogun sont des êtres artificiels créés par l’idée de ce que doivent être des guerriers, ceux qui ont réellement vécu pendant l’époque Sengoku étaient beaucoup plus rudimentaires et naturels. Ils étaient plus fidèles à leurs désirs et, en réalité, la « loyauté » n’était pas un principe absolu. Il était normal pour un samouraï d’abandonner son seigneur s’il pensait que celui-ci n’estimait pas son travail à sa juste valeur ou que son seigneur était incompétent. Ce qui comptait, c’était l’honneur, et un lieu où ses compétences pouvaient être reconnues.

Autrement dit, les samouraïs de la période des Provinces combattantes étaient des gens au sang chaud et extrêmement exigeants sur la vie. Le manga Sengoku de Miyashita Hideki, sorti en série dans le magazine de pré-publication Weekly Young Magazine à partir de 2004, est une épopée historique qui décrit cette époque de façon très réaliste.

Affiche de l'exposition originale au château d'Odawara © Miyashita Hideki/Kôdansha
Affiche de l’exposition originale au château d’Odawara © Miyashita Hideki/Kôdansha

Comment survivre dans la période des Provinces combattantes

Le protagoniste est Sengoku Gonbei Hidehisa, né dans la province de Mino (actuelle préfecture de Gifu). Ce seigneur féodal a réellement existé et le récit respecte les faits historiques.

Gonbei n’a jamais joué un rôle de premier plan dans les grandes batailles, ni de rôle politique majeur. C’était un homme courageux sur le terrain, mais il commettait de nombreuses « erreurs d’inattentions », notamment quand « il ne comprenait pas » les ordres des généraux supérieurs. Si nous étions au XVIIe siècle, il aurait été blâmé pour ses premiers échecs et aurait certainement été contraint à se donner la mort par seppuku. Mais nous sommes au XVIe siècle, à l’acmé de la période des Provinces combattantes.

Malgré ses fautes, Gonbei n’a jamais renoncé à la vie et a fait de son mieux, quelle que soit la situation dans laquelle il se trouvait. Il s’est surpassé et s’est finalement élevé au rang de seigneur féodal, devenant « l’homme qui s’est le mieux remis de ses échecs » de l’histoire japonaise.

Portrait de Sengoku Gonbei Hidehisa peint pendant l'époque d'Edo.  Œuvre provenant de Sengoku bunsho (Archives de la famille Sengoku). (Avec l'aimable autorisation de la ville de Toyooka)
Portrait de Sengoku Gonbei Hidehisa peint pendant l’époque d’Edo. Œuvre provenant de Sengoku bunsho (Archives de la famille Sengoku). (Avec l’aimable autorisation de la ville de Toyooka)

D’abord vassal de la famille Saitô, il est découvert par le général ennemi Oda Nobunaga ['Kuroda Nobuhisa’ dans la série Shogun] et affecté, conformément à la réalité historique, à l’unité de Kinoshita Tôkichirô ['Taikô’ dans la série], l’un des hommes de Nobunaga.

Tôkichirô n’appartenait pas à la classe des samouraïs, mais à celle des paysans. Ses capacités ont néanmoins été reconnues par Nobunaga et il est devenu l’un des chefs de guerre de la famille Oda. Celle-ci n’était pas d’un rang élevé. Nobunaga lui-même était un homme qui avait gagné des territoires par ses propres moyens et s’était élevé jusqu’au rang de seigneur de guerre. Le rang n’était pas tout, les incompétents, même d’un rang élevé, étaient éliminés et remplacés par des personnes compétentes. C’est le mouvement connu sous le nom de Gekokujô, « ce qui était dessous passe par-dessus », véritable moteur de l’action des samouraïs de l’époque.

Suite > Le drame de Tadaoki et Gracia

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Hotta JunjiArticles de l'auteur

Écrivain et auteur de manga. Diplômé de la faculté des lettres de l’université de Sophia. Parmi ses principales œuvres figurent le roman « Tsundere, Heidegger et moi » (Boku to Tsundere to Heidegger, éditions Kôdansha) et « Manga pour comprendre comment fonctionne une épouse » (Manga de wakaru tsuma no Torisetsu, éditions Kôdansha). Membre de la Société japonaise des auteurs de manga.

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