Du futsal à Tokyo pour améliorer l’image des gens d’Amérique latine
D’une énergie inépuisable, Eduardo s’est consacré à d’autres activités tout en gérant sa société de traduction.
Il a par exemple mis en place la Copa Chile (coupe du Chili), un tournoi de futsal, en 1992, l’année précédant la création de J-League, la ligue de football japonaise.
Eduardo explique : « C’était en pleine période de la bulle économique au Japon et le personnel manquait. Les Japonais ont donc fait venir des travailleurs d’origine japonaise d’Amérique centrale et latine. Mais on les considérait comme des voyous car beaucoup ne respectaient pas les règles. J’ai voulu changer leur image, moi-même originaire de cette région. J’ai décidé de profiter de leur talent au ballon et mis en place le tournoi. »
Une fois qu’Eduardo a une idée en tête, il s’accroche. Il a fait jouer ses influences afin d’utiliser un terrain de foot appartenant à l’une des universités de Tokyo. Il a calé les dates et s’est mis à la recherche d’équipes. À sa grande surprise, il s’est retrouvé avec 32 équipes représentant 17 pays, rien que ça ! À part le Japon, il y avait des équipes sud-américaines venant du Brésil, d’Argentine, du Pérou, et de la Colombie, ainsi que des équipes européennes venant d’Angleterre, d’Irlande et d’Italie entre autres.
Le tournoi s’est déroulé sur un week-end, avec des invités d’honneur. La rivalité entre les équipes et les pays pour devenir champions était intense et Eduardo a loué un théâtre à Shibuya pour la remise des prix. Le tournoi a été un franc succès, mais Eduardo en avait mal calculé un aspect.
« S’il est vrai que j’avais réalisé mon projet, je m’étais retrouvé avec un déficit de 500 000 yens... Oui j’étais contrarié, mais tout le monde avait passé un si bon moment qu’ils voulaient recommencer l’année suivante. J’avais donc emprunté encore plus d’argent, me disant “cette fois c’est la dernière !” Mais je n’ai pas réussi à trouver d’échappatoire... Les gens s’amusaient tellement à chaque fois que ne pouvais plus m’arrêter. Donc, à partir de la troisième année, j’ai trouvé des amis qui m’ont aidé à soutenir le fardeau financier. »
Cela fait maintenant 25 ans que les échanges internationaux se poursuivent grâce au tournoi Copa Chile de futsal, qui a toujours autant de fans.
Quand l’expérience du séisme de 2011 mène à l’ouverture d’un restaurant chilien
En 2011, la région du nord-est du Japon a été frappée d’un violent séisme, puis d’un tsunami. Tout de suite après, Eduardo a reçu un appel d’une chaine de télévision du Chili.
« Nous envoyons une équipe au Japon et nous aimerions que vous les accompagniez. »
Eduardo ne s’est pas laissé prier. Il a donné rendez-vous aux reporters à l’aéroport, loué une voiture et les a tout de suite accompagnés dans le nord-est.
« Nous avons commencé par filmer aux alentours de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, et elle a explosé le lendemain. Nous avons quitté la zone en direction de Sendai pour filmer le port, et je pensais que notre travail s’arrêterait là. Mais l’équipe de télévision voulait aller plus au nord encore, et nous sommes donc repartis sans trop savoir ce qui nous attendait. Certaines routes étaient impraticables à cause des effondrements et des inondations. Mais les journalistes étaient aguerris, ayant travaillé dans des zones de conflit, et nous sommes passés par les montagnes pour arriver enfin dans la ville de Minami-Sanriku, à environ 80 km au nord de Fukushima. » Minami-Sanriku avait également été très sévèrement touchée par le tsunami.
Après le tournage, de retour dans la capitale, Eduardo n’a pas perdu une minute : prochaine étape, organiser un tournoi de golf. Pas par simple loisir, mais pour réunir des fonds et venir en aide aux sinistrés. Il a appelé ses amis et connaissances pour leur proposer de participer au projet, et avec la somme récoltée, il a acheté des stocks de viande et légumes qu’il a fait transporter dans le nord-est.
« Cette fois-ci, je suis retourné à Minami-Sanriku pour apporter de la nourriture. J’ai préparé des asado et des paellas. Les évacués faisaient la queue, mais aussi les membres des forces japonaises d’autodéfense. Ils mangeaient avec appétit, me disant que c’était vraiment bon. »
Comme pour le tournoi de futsal, l’argent n’était pas la préoccupation première d’Eduardo. Il a agi selon ses désirs, sans hésiter. Et faire plaisir aux gens et se sentir utile l’encourageaient davantage. Cette année là, lui et ses amis sont retournés sept fois à Minami-Sanriku pour préparer à manger. Cette expérience lui a été précieuse, car c’est grâce à elle qu’il a lancé son restaurant.
« Je me suis rendu compte que rien ne me faisait plus plaisir que de voir les gens déguster les plats que j’avais préparés. J’ai donc ouvert un restaurant dans le quartier d’Akasaka en 2012, avec un ami espagnol. Un an plus tard, celui-ci s’est retiré, et j’ai déménagé tout seul à Shin-Nakano en 2014. Mais j’ai appris à bien gérer mon temps : je m’occupe du restaurant tout en continuant à faire des traductions entre deux pauses sur la terrasse. »
Grâce à son caractère chaleureux, le restaurant d’Eduardo est très connu dans le quartier. Tout le monde le salue en passant devant lui, lorsqu’il est posté à son barbecue.
« Quand je suis arrivé au Japon, je pensais rentrer au Chili à l’âge de 40 ans, mais je n’ai pas vu le temps passer... Me voilà déjà à plus de 60 ans ! La période de la crise sanitaire a été très compliquée mais j’ai fait ma vie au Japon et je pense y rester jusqu’à l’âge de 75 ans. Les gens du quartier sont tellement gentils et j’ai beaucoup de clients au restaurant. »
Pour quelqu’un comme Eduardo qui a réussi à se créer une vie à partir de ses envies, il reste sans doute de nouvelles opportunités à l’horizon.
Casa de Eduardo
- Adresse : 4-1-8 Chûô, Nakano-ku, Tokyo
- Horaires : 11 h à minuit (réservations nécessaires au déjeuner)
- Ouvert toute l’année
- Accès : à une minute à pied de la sortie numéro 4 de la station de métro Shin-Nakano
- Site officiel
(Photo de titre : © Kumazaki Takashi)



