Faire en sorte que nos hôtes se sentent comme chez eux

——Vous avez dit que, pour les touristes en provenance de l'Asie du Sud-Est, notamment d'Indonésie et de Malaisie, Tokyo Camii est devenu un lieu privilégié de visite, au même rang que Kyoto, le Mont Fuji et Tokyo Disneyland.

SHIMOYAMA  C'est exact. Je pense que les touristes originaires de l'Asie du Sud-Est vont être de plus en plus nombreux à venir au Japon. La seule chose qui fait encore obstacle à cet afflux est le manque de restaurants servant de la nourriture halal et d'hôtels disposant de lieux de prière. Le Japon se flatte de son hospitalité envers les voyageurs, mais je pense qu'il y a matière à améliorations en ce qui concerne les besoins des musulmans.

——À mesure que les liens du Japon avec les pays musulmans se resserrent, que peuvent faire les Japonais pour mieux comprendre l'islam ?

SHIMOYAMA  Tout commence avec l'interaction entre les personnes, le contact humain. C'est à travers lui que nous faisons de nouvelles découvertes. C'est indubitablement ce qui s'est passé dans mon propre cas. C'est ma relation personnelle avec un étudiant iraquien à l'Université de Tokyo qui a fourni l'impulsion décisive dont j'avais besoin à l'époque où j'envisageais de m'immerger dans l'islam. Il ne m'a jamais demandé de devenir musulman. Je pense que j'ai été attiré par son charme personnel, et je me suis rendu compte que sa gentillesse et son amour fraternel étaient intrinsèquement liés à sa foi musulmane.

L'islam est essentiellement une manière de vivre — il est présent dans tous les aspects de la vie quotidienne des fidèles. J'espère que les gens s'intéresseront à l'islam quand ils verront l'influence qu'il exerce sur tous les aspects de la vie quotidienne, et constateront que le contact personnel avec des musulmans les aide à mieux comprendre la religion de ces derniers. Bien sûr, il y a des gens qui ne visitent la mosquée que pour ses qualités plastiques. Mais la découverte de la beauté d'une mosquée peut constituer le point de départ du voyage qui conduit à l'islam.

Existe-t-il un bon moyen de déclencher le contact humain dont j'ai parlé ? Eh bien, quand vous rencontrez un musulman, tendez-lui la main et dites : « as-salâm 'aleïkoum », que la paix soit avec vous. Cette salutation suffira à le mettre à l'aise. Je viens de la prononcer, il y a tout juste quelques minutes, à l'intention d'une mère et son enfant venus du Cachemire, et j'ai vu tout de suite, au sourire amical qu'ils m'ont rendu, qu'ils étaient heureux d'avoir été accueillis si loin de chez eux par cette salutation familière.

Les prières du vendredi à Tokyo Camii attirent un grand nombre de pratiquants (avec l'aimable autorisation de Tokyo Camii).

——Pour finir, avez-vous un message à faire passer à nos lecteurs dans le monde ?

SHIMOYAMA  J'ai eu la chance de découvrir des aspects de l'Afrique que la plupart des Japonais n'auront jamais l'occasion de connaître, et j'espère donc pouvoir apporter une contribution positive. Je veux faire tout ce qui est en mon pouvoir pour dissiper les malentendus que les Japonais nourrissent à l'encontre de l'islam et diffuser le plus largement possible une bonne compréhension de cette religion.

(D'après une interview effectuée en japonais en 2013, avec l'assistance de Tokyo Camii et du Centre culturel turc. Photographies de Kodera Kei.)