Un cinéaste multiculturel
Cellin Gluck est né en 1958 au Japon, dans la préfecture de Wakayama. Il a passé le plus clair de son enfance à Hiroshima et Kobe, à l’exception de quatre années (1966 à 1970) où sa famille a résidé en Iran avec son père, Jay Gluck (1927-2000), un archéologue spécialiste de la Perse et de l’Asie. Bien qu’élevé au Japon et parlant couramment la langue de l’Archipel, le jeune garçon a toujours été traité par les Japonais comme un étranger (gaijin) si bien qu’il se considérait comme un Américain. « Avant d’aller aux États-Unis pour y faire des études supérieures, je n’avais jamais pensé que je pouvais être considéré comme un Américain d’origine asiatique », explique-t-il. Le jeune homme est donc tombé de haut, le jour où on lui a proposé de rejoindre le cercle des étudiants Américains d’origine asiatique de son université.
Le réalisateur a longtemps aimé se considérer comme un « enfant de troisième culture » (Third Culture Kid), un terme utilisé pour désigner ceux qui, ayant passé leurs années de formation en dehors du pays natal de leurs parents, constituent de ce fait une passerelle entre leurs deux cultures. « Mais maintenant, confie-t-il, je pense qu’il vaut beaucoup mieux parler d’enfants multiculturels ou d’enfants du monde. »
Outre le comportement héroïque de Sugihara Chiune, Persona Non Grata évoque un autre épisode de la Seconde Guerre mondiale qui tient particulièrement à cœur à ce cinéaste « multiculturel ». Il s’agit de la libération des rescapés d’une partie du camp de concentration de Dachau par le 522e bataillon d’artillerie de l’armée américaine, dont tous les hommes étaient d’origine japonaise. Ce bataillon faisait partie du 442e régiment d’infanterie (RTC), une unité presque entièrement constituée de soldats américains d’ascendance japonaise qui avaient été pour la plupart internés au préalable dans des camps en tant qu’ennemis de la nation, après l’entrée en guerre des USA consécutive à l’attaque de Pearl Harbor du 7 décembre 1941. Le 442e RTC était particulièrement réputé pour son courage. Et dans l’histoire de l’armée américaine, c’est aussi le régiment d’infanterie qui a été le plus décoré pour l’étendue et le nombre des services rendus, et un de ceux où les pertes ont été les plus élevées.
Cellin Gluck a mis toute son âme dans la scène de Persona Non Grata où l’on voit des soldats américains d’ascendance japonaise secourir un jeune Juif du camp de Dachau. Un moment empreint d’une signification toute particulière pour lui. L’histoire extraordinaire de sa famille donne encore plus de poids et d’impact émotionnel à cet épisode particulièrement poignant et à l’ensemble de son film.
(D’après un texte rédigé par Itakura Kimie, sur la base des propos recueillis par Harano Jôji à Tokyo le 24 novembre 2015. Photos de l’interview : Ohtani Kiyohide. Photo de titre avec l’aimable autorisation de la commission de production de Sugihara Chiune, une scène du film Persona Non Grata [à gauche] ; Cellin Gluck pendant le tournage du film en Pologne [à droite].)▼A lire aussi
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(*1) ^ Sugihara Yukiko est l’auteur d’un livre intitulé Rokusennin no inochi no viza qui a été traduit en français par Karine Chesneau et publié en 1995 aux éditions Philippe Picquier, sous le titre Visas pour 6000 vies.
(*2) ^ The Fugu Plan: The Untold Story of the Japanese and the Jews During World War II, Marvin Tokayer and Mary Schwartz, Paddington Press, 1979 (Histoire inconnue des Juifs et des Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale : le Plan Fugu, Pygmalion, 1988).
(*3) ^ Ho Feng Shan (1901-1997). Juste parmi les nations en 2001.
(*4) ^ Varian Fray (1907-1967). Juste parmi les nations en 1995.

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