Au Japon, les amateurs de courses sont de vrais supporters
——Vos journées se déroulent-elles différemment en France et au Japon ?
C.L. Déjà, en France, il y a des courses tous les jours. Au Japon, c’est seulement le week-end. Les jours de semaine, il est rare que je participe à une course en province. En revanche, j’ai beaucoup de demandes d’interviews. Les courses reposent sur les fans alors ça fait aussi partie de notre métier, et puis c’est amusant.
——L’attitude des fans est différente ?
C.L. En premier lieu, au Japon, les fans sont extrêmement nombreux à se déplacer à l’hippodrome. En France, on regarde principalement les courses de chevaux à la maison ou au café. L’image négative des paris colle aux courses de chevaux comme s’ils leurs étaient indissociables.
Au Japon, les aficionados des courses de chevaux sont de vrais supporters. Ils supportent et respectent vraiment les chevaux, les jockeys et les entraîneurs. Ils considèrent les courses hippiques comme sport à part entière. Je suis toujours subjugué par la façon dont les Japonais vivent les courses. Je n’imagine pas de pouvoir faire un autre métier devant une foule aussi passionnée et aussi encourageante. Si vous gagnez, vous faites plaisir aux gens, en échange du plaisir que les gens nous apportent.
2005 Memorial Arima, première victoire dans une G1 de légende
——Votre renommée au Japon a été définitivement lancée quand vous avez mené Heart’s Cry à la victoire devant Deep Impact dans le Memorial Arima(*3) en 2005.
C.L. Un mois auparavant avait eu lieu la Japan Cup, où Heart’s Cry est arrivé deuxième avec un écart de quelques centimètres. On n’avait pas pu prendre de la vitesse dans la première partie de la course. J’étais vraiment déçu.
——Mais vous avez dit tout à l’heure : « Il ne faut pas rester sur une défaite » !
C.L. Eh bien, celle-là, c’était spécial. Il m’a fallu deux semaines pour m’en remettre (rires) ! Mais le temps du vainqueur était un nouveau record du monde sur 2 400 mètres. Cela m’a convaincu du niveau de Heart’s Cry. Alors, après la course, je me suis juré que la prochaine fois que je monterais ce cheval, j’irai la chercher avec les dents, cette victoire. Avant le Memorial Arima, dans les médias c’était l’effervescence avec Deep Impact. Au cours d’un interview, quand j’ai déclaré que j’allais gagner, on m’a ri au nez. Mais j’avais une confiance en béton.

——C’est-à-dire que Deep Impact avait remporté la « triple couronne »…
C.L. Avant le départ du Memorial Arima, j’ai dit à Heart’s Cry : on fonce dès le début. Pour battre Deep Impact, je me suis dit qu’il fallait rester dans les chevaux de tête dès le début et s’y maintenir. En voyant le cheval qui partait toujours du fond se placer en troisième position, tout le monde a été surpris. Mais pour moi, la course se déroulait exactement comme prévu. Dans la dernière ligne droite, Deep Impact a fait une belle remontée mais sans pouvoir rattraper Heart's Cry. Et c’est là que survient le grand séisme de 2005 qui a secoué le monde hippique japonais (rires) ! Non seulement c’était ma première G1 au Japon, mais c’était ma revanche de la Japan Cup. Sans compter que c’était se payer Deep Impact, cheval invaincu, quand même. Il n’a plus rien perdu au Japon depuis non plus. Ça, c’est une course que je n’oublierai jamais.
