Séance de pratique à la Maison Blanche
Mais les pays d’Europe ne sont pas les seuls à s’intéresser au sumo, puisque le sport a également traversé l’Atlantique, et ce dès le XIXe siècle. En août 1907, le grand yokozuna Hitachiyama a emmené avec lui un groupe de judoka et de lutteurs de sumo, devenant ainsi le premier rikishi à fouler le sol du Nouveau Continent.
C’est vêtu d’un maillot de couleur chair que Hitachiyama fait son entrée sur le dohyô, sous les yeux du président américain de l’époque, Theodore Roosevelt. Il se livre ensuite à une séance pratique, présentant les points principaux du sport japonais. Pour l’anecdote, sur place, Hitachiyama aurait été pris pour une femme enceinte en raison de son chignon et de son embonpoint. À New York, le lutteur a participé à un concours de force avec le célèbre Alexandre le Grand.
The Wide West, un western dont la sortie en salle est prévue pour l’automne 2025, raconte l’histoire de rikishi parcourant les États-Unis au tournant du XXe siècle. L’ancien lutteur de rang sekiwake Ichinojô fait une apparition dans le film, basé sur les voyages de Hitachiyama en Amérique à cette époque.
Dans les années 1920, l’accent est mis sur la militarisation du pays et les tournées de sumo à l’étranger sont interrompues jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, sauf en Corée et dans le nord-est de la Chine, alors sous occupation japonaise.
Multiplication des représentations à l’étranger
Les représentations de sumo à l’étranger ont repris en 1951, année de la signature du Traité de San Francisco, lorsque le Japon a retrouvé la place qui était la sienne au sein de la communauté internationale. Dans les années 1960, trois rikishi, accompagnés d’un lutteur plus âgé, se sont rendus à Hawaï, Los Angeles, San Francisco et Chicago pour une période de six mois, l’occasion pour eux de présenter la culture japonaise à travers le sumo, une approche plus discrète, bien loin des tournées à grande échelle qui ont lieu aujourd’hui.
Après 1958, lorsque le format actuel de six tournois par an a été adopté, les représentations de sumo à l’étranger sont devenues de plus en plus fréquentes et même anodines, en raison de la croissance économique du Japon à l’époque, mais pas seulement. La présentation du sumo au-delà des frontières de l’Archipel, avec leurs lutteurs en tant d’ambassadeurs de bonne volonté, ainsi que les tournois à des fins commerciales, sont devenus de plus en plus communs.
Si le public a manifesté son engouement pour le sumo, nombreuses sont les célébrités qui se sont également intéressées au sumo. Le Prince Charles (aujourd’hui Charles III) et la défunte Princesse Diana, par exemple, ont assisté au tournoi de mai 1986 au Kokugikan de Tokyo. L’ex-membre des Beatles, Paul McCartney, était présent lors des tournois de novembre à Fukuoka en 2003 et 2013. Il a même fait la publicité de son album « New », arborant une bannière de prix kenshôkin lors du dernier. Plus récemment, le président américain Donald Trump a lui aussi assisté à une représentation en mai 2019 en compagnie de l’ancien Premier ministre Abe Shinzô et a remis la Coupe du président américain au vainqueur Asanoyama le dernier jour du tournoi.
L’engouement des fans pour les lutteurs rikishi
Alors qu’approche la tournée d’octobre à Londres, j’espère que les deux lutteurs ôzeki, Ônosato, vainqueur du tournoi de mars 2025, et Kotozakura, tous deux de rang rikishi, atteindront un jour le plus haut rang. Actuellement, Hôshôryû est le seul à l’avoir fait.
Nombreux sont les fans de sumo parmi les Japonais. J’espère que ce sport rencontrera la même ferveur à l’étranger. Ônosato effectuera très probablement sa cérémonie d’entrée sur le dohyô dans le style unryû, très différent du style shiranui plus voyant que Hôshôryû, deux spectacles, qui rencontreront à coup sûr la ferveur du public, bien au-delà des frontières.
Les représentations de sumo à l’étranger ont été un moyen de présenter la culture japonaise dans de nombreuses villes du monde entier. Les rikishi, avec leurs chignons facilement reconnaissables et leurs kimonos en coton, ont été chaleureusement accueillis en tant qu’ambassadeurs de la discipline et en tant qu’héritiers de cet aspect culturel propre du Japon. Ils joueront à n’en pas douter à merveille leur rôle à Londres cette année et à Paris en 2026.
(Photo de titre : Tochitaikai [à gauche] et un autre lutteur posent devant la Tour Eiffel lors d’une tournée publicitaire pour le tournoi d’exhibition de Paris 2026. Photo de février 2025. AFP/Jiji)


