Thanh Ha faisait partie des « boat people »
Voici donc ce qu’elle m’a expliqué.
Dans les années 70, suite aux guerres civiles, le Vietnam, le Laos et le Cambodge sont tous devenus des pays socialistes. Ceux qui avaient des liens avec les régimes précédents ne se sentaient plus en sécurité et ont cherché à se réfugier ailleurs. On les appelait les « boat people ». Thanh Ha était l’une de ces personnes et s’est retrouvée aux Philippines. Beaucoup d’étrangers qui habitent Ichô ont eu un parcours similaire.
« Je suis allée rendre visite à mon frère cadet et ma sœur cadette qui étaient aux États Unis, mais ce pays m’a fait peur. Les Américains ont tous des armes à feu. À côté de ça, le Japon me paraissait bien plus sûr. Et puis les Japonais ne sont pas grands de taille, et ils ont les cheveux noirs, comme les Vietnamiens. Je me sentais à l’aise ici.
Une fois sa demande d’asile au Japon acceptée, elle s’est installée dans la cité ouvrière d’Ichô, et s’est mise à travailler d’arrache-pied. Elle a commencé par être hôtesse d’accueil dans un karaoké. Elle a aussi nettoyé les toilettes dans les gares et fait la corvée de pomme de terre dans une usine. Tout ce labeur lui a permis de mettre de l’argent de côté et d’ouvrir son restaurant il y a 19 ans. Elle a eu deux enfants après son arrivée au Japon, qui ont fait de belles études et sont allés à l’université.
« Mais ni l’un ni l’autre ne parle vietnamien. J’étais toujours beaucoup trop occupée pour prendre le temps de leur apprendre. »
Le restaurant auquel elle a donné son nom est ce qu’elle a de plus précieux après ses enfants. Il est devenu un vrai refuge pour ses compatriotes qui ont quitté leur pays pour s’installer au Japon.
Garder le moral malgré la pandémie
La pandémie a jeté une ombre sur tout le complexe d’Ichô. Certains Vietnamiens qui travaillaient dans les usines aux alentours ont perdu leur travail et les nombreux stagiaires techniciens vietnamiens sont également en difficulté.
« Nous avons moins de clients vietnamiens qu’avant. Il n’y a pas de boulot à cause du Covid. Beaucoup de gens qui venaient prendre leur repas ici avant mangent chez eux maintenant. »
« C’est difficile pour tout le monde et notre établissement en souffre. Presque toutes mes économies y sont passées, mais nos clients japonais nous soutiennent et je ne veux pas les laisser tomber. Certaines personnes m’appellent pour me dire qu’ils viendront aussitôt qu’ils pourront, et me demandent de les attendre. Certains m’envoient même des fleurs ! Je voudrais garder le moral et continuer pour tous ces gens. Je peux travailler grâce à mon restaurant. J’ai de la chance. »
Cette cantine vietnamienne est peuplée de gens simples et courageux.
Thanh Ha
- Adresse : 3050 Kami-Iida-chô, Izumi-ku, Yokohama-shi, Kanagawa
- 15 minutes à pied de la station Kôza Shibuya de la ligne Odakyû Dentetsu Enoshima
- Horaires : Ouvert de 10 h à 21 h. Fermé le jeudi.
(Photo de titre : le pho du restaurant Thanh Ha, son plat le plus populaire. Il coûte 750 yens. © Fuchi Takayuki)


