L’hiver au Japon : comment profiter au maximum d’une longue période festive

Vie quotidienne Tradition

L’hiver au Japon abonde en festivités et pratiques coutumières liées à l’avènement de la nouvelle année, et après jusqu’à la Saint-Valentin. On vous dit absolument tout ici !

L’hiver au Japon peut offrir des expériences très différentes selon le côté du pays où l’on se trouve. Les vents venant du continent asiatique s’humidifient en traversant la Mer du Japon, si bien que la majeure partie de la côte ouest et des zones avoisinantes se transforme en hiver en « pays de neige ». Le littoral pacifique est en revanche protégé de ces précipitations par les chaînes de montagnes du centre du pays, et il bénéficie d’un plus grand nombre de journées de beau temps froid.

La bousculade de décembre

La fin de l’année est traditionnellement une période de grande activité. Shiwasu, nom du douzième mois dans l’ancien calendrier lunaire, veut dire époque où « les prêtres courent en tous sens », occupés qu’ils sont par les préparatifs en vue du Nouvel An. À mesure que le froid s’installe, les magasins d’appareils électriques exposent leurs tables chauffantes kotatsu et leurs humidificateurs. Dans les drugstores, ce sont les accessoires de chauffage de poche kairo qui connaissent un franc succès. Ouvrez le paquet et frottez-le pour qu’il vous tienne chaud. Certains modèles peuvent être mis dans les chaussures pour ne pas que vos pieds se refroidissent.

Personnes assises autour d’un kotatsu (à gauche) ; jeune femme se protégeant du froid à l’aide d’un kairo.
Personnes assises autour d’une table chauffante kotatsu (à gauche) ; jeune femme se protégeant du froid à l’aide d’un kairo.

Les cartes de Nouvel An nengajô sont mises en vente en novembre. Elles représentent l’eto, ou animal zodiacal. Tant qu’elles sont postées avant le 25 décembre, la poste garantit qu’elles arriveront à destination le 1er janvier. Certains, toutefois, préfèrent gagner du temps en envoyant leurs vœux par courrier électronique ou via les médias sociaux.

Décembre est entre autres le mois des rassemblements entre amis ou collègues, à l’occasion des bônenkai. Le mot, traduit littéralement, veut dire « fêtes pour oublier l’année », ou pour le moins son lot d’ennuis. Et dès la nuit tombée, les éclairages illuminent les rues, et les plus fameux d’entre eux, comme le « Kobe Luminarie », dans la ville de Kobe, ou ceux de Marunouchi, Roppongi, Shibuya (« La grotte bleue ») et Omotesandô à Tokyo, attirent des foules de spectateurs.

(Voir notre article lié : Les nuits illuminées de Tokyo et ses environs)

Marunouchi illuminé pour l’hiver
Le quartier de Marunouchi illuminé pour l’hiver

Noël, qui n’est pas un jour férié au Japon, n’est pas non plus considéré comme une fête religieuse par la majorité des Japonais, mais beaucoup y trouve un bonne occasion de s’amuser. Le réveillon de Noël est désormais un rendez-vous galant incontournable pour les couples, et le poulet frit un mets populaire. Les génoises légères aux framboises et à la crème ont elles aussi été intégrées dans la tradition festive japonaise, en partie grâce à la publicité faite par les marchands de gâteaux.

Gâteau de Noël à la japonaise
Gâteau de Noël à la japonaise

En hiver, certains aiment prendre un bain chaud à l’agrume yuzu, le meilleur moment pour ce faire étant, dit-on, le 21 ou le 22 décembre, date du solstice. Au nombre des coutumes propres au dernier mois de l’année, figurent aussi les préparatifs en vue du début du mois de janvier, où l’on attend la visite annoncée des toshigami, les divinités du Nouvel An. Il existe tout un éventail de décorations saisonnières, dont le kadomatsu (pin du seuil), le shime-kazari (corde décorative) et les mochi (boulettes de riz gluant).

Il y a aussi les plats et boissons à acheter ou à préparer soi-même, tels que le saké, les mochi, la soupe zôni, et bien sûr la cuisine traditionnelle du Nouvel An, les osechi. Ce dernier terme recouvre divers plats composés d’éléments associés d’heureuse façons et concoctés à l’avance pour éviter d’avoir à cuisiner les premiers jours de l’année. La demande pour ces plats est en pleine expansion, non seulement sous leurs formes traditionnelles japonaises, mais aussi dans leurs versions italiennes, françaises et chinoises. Beaucoup de gens les commandent dans des boutiques spécialisées, ainsi que dans les restaurants et les grands magasins. Les plus célèbres d’entre eux sont écoulés presque immédiatement.

(Voir notre article lié : [Galerie photo] « Osechi », la cuisine traditionnelle du Nouvel An au Japon)

Toutes sortes de osechi pour les repas du Nouvel An
Toutes sortes de osechi pour les repas du Nouvel An

Diverses plantes, comme le pin, le bambou et le prunier sont considérées comme propices le jour du Nouvel An. Parmi les fleurs hivernales figurent les narcisses et les camélias.

Le narcisse japonais au parfum délicat
Le narcisse japonais au parfum délicat

Le Nouvel An a aussi ses traditions télévisuelles, dont celle, inaugurée en 1951, de regarder sur la chaîne NHK l’émission musicale Kôhaku utagassen. Les gens ont en outre l’habitude de manger des nouilles (soba) du « passage à la nouvelle année » (toshikoshi soba), associés à la longévité.

À l’approche de minuit, les cloches des temples se mettent à sonner d’un bout à l’autre du pays. Dans le rituel bouddhiste appelé joya no kane, 108 coups de cloches sont donnés en référence à l’épuration des 108 passions mondaines, dont le désir, la haine, la colère, la jalousie...

108 coups de cloches sont donnés au Nouvel An dans les temples du Japon.
108 coups de cloches sont donnés au Nouvel An dans les temples du Japon.

Le tournant de l’année

Certains déploient de grands efforts pour contempler le premier lever de soleil de l’année depuis le sommet d’une montagne ou à l’horizon de la mer ou d’un lac. À Shibuya, à Tokyo, un compte à rebours attire des hordes de jeunes Japonais et de touristes. Les gens se souhaitent la bonne année en se disant Akemashite omodetô.

Les transports publics fonctionnent toute la nuit et de longues files d’attente se forment pour effectuer la première visite de l’année à un temple ou un sanctuaire, un rituel appelé hatsumôde. Les gens qui se rendent dans ces lieux de culte choisissent aussi des oracles en papier (omikuji), inscrivent des prières sur les tablettes votives (ema) et achètent des amulettes (omamori). Au Nouvel An, les enfants attendent impatiemment les otoshidama, ou petits dons d’argent, et les grands magasins vendent des fukubukuro, ou « sacs à bonheur », des pochettes surprises contenant des articles à prix cassés.

Le portail à l’entrée du temple Sensôji à Asakusa, Tokyo, le jour du Nouvel An.
Le portail à l’entrée du temple Sensô-ji à Asakusa, Tokyo, le jour du Nouvel An.

Dans la plupart des régions, le Nouvel An japonais dure jusqu’au 7 janvier, jour où le nourrissant et curatif nanakusa-gayu (bouillie de riz aux sept herbes) vient soulager les ventres fatigués. Le saké chaud offre quant à lui un bon moyen de se préserver du froid en cette époque de l’année.

Le deuxième lundi de l’année est férié : c’est le jour du passage à l’âge adulte (Seijin-shiki). On rend hommage aux jeunes qui ont accédé à la majorité. Tous ceux qui ont eu vingt ans l’année précédente se mettent sur leur trente et un pour assister aux cérémonies célébrées à cette occasion. (Voir notre article lié : « Seijin-shiki », la cérémonie d’entrée à l’âge adulte)

Jeunes adultes habillées en kimono le jour du passage à l’âge adulte
Jeunes adultes habillées en kimono le jour du passage à l’âge adulte

Les plaisirs hivernaux

Aucune sensation ne peut être comparée à celle que procure l’eau fumante d’une source thermale (onsen) en hiver, spécialement si elle se trouve en plein air (roten buro). Pour les gens qui affectionnent particulièrement le calme et la tranquillité, l’Association japonaise des auberges isolées à sources chaudes, créée en 1975 avec 33 membres enregistrés, s’est élargie entre-temps aux stations thermales hors des entiers battus. Et les hommes ne sont pas les seules créatures à apprécier les sources chaudes. Les singes sont célèbres pour leur habitude de prendre des bains chauds à Jigoku-dani, la « vallée des enfers », dans la préfecture de Nagano, et les rongeurs les plus gros du monde, les capybaras, sont connus pour faire de même dans certains zoos.

(Voir notre article lié : Onsen : les bienfaits séculaires des sources thermales japonaises)

Capybaras se baignant dans une source chaude pour oublier le froid.

Le ski, la planche à neige et autres sports d’hiver jouissent d’une grande popularité dans des régions telles que les Alpes japonaises et l’île de Hokkaidô, en particulier quand les sources chaudes abondent aux environs. Parmi les grandes attractions hivernales que propose l’île septentrionale de l’Archipel japonais figurent aussi la Fête de la neige de Sapporo ainsi que les grues du Japon des marais de Kushiro.

Des cordes sont disposées au-dessus des arbres pour les protéger des fortes chutes de neige au jardin de Kenrokuen, à Kanazawa, dans la préfecture d’Ishikawa.
Des cordes sont disposées au-dessus des arbres pour les protéger des fortes chutes de neige au jardin de Kenrokuen, à Kanazawa, dans la préfecture d’Ishikawa.

Le Japon ne manque pas d’endroits propices pour dévaler les pentes
Le Japon ne manque pas d’endroits propices pour dévaler les pentes

La Fête de la neige de Sapporo est célèbre pour ses sculptures de glace finement ouvragées
La Fête de la neige de Sapporo est célèbre pour ses sculptures de glace finement ouvragées.

Les saveurs hivernales

L’hiver est une saison propice à la dégustation de toutes sortes de poissons et fruits de mer, tels que le buri (sériole), le crabe, les huîtres et le fugu (poisson-globe), lequel exige une préparation adéquate pour éliminer les toxines. Des légumes comme le chou chinois, la ciboule (negi ) et le radis blanc (daikon) s’associent d’heureuse façon dans la fameuse marmite nabe, une potée aussi réconfortante que facile à préparer. C’est également le meilleur moment de l’année pour toute une gamme de ragoûts oden, proposés par les restaurants et les supérettes. (Voir notre article lié : Petit guide des supérettes japonaises (2) : l’alimentation)

Dans le calendrier traditionnel, le 3 février marque l’un des grands tournants de l’année, et c’est à cette date que le Japon célèbre aujourd’hui la fête du setsubun. La coutume est qu’un membre de la famille revête un masque d’ogre et que les autres jettent des haricots en chantant oni wa soto, fuku wa uchi, « Les démons dehors ! Le bonheur dedans ! ». La consommation d’un genre spécial de rouleau maki appelé ehômaki passe elle aussi pour être de bon augure. 

(Voir notre article lié : La fête du « setsubun »)

Dans la version japonaise de la Saint-Valentin, célébrée le 14 février, la coutume qui s’est instaurée veut que les femmes offrent aux hommes des chocolats, pratique qui se répète dans le sens inverse exactement un mois plus tard, à l’occasion du White Day. Cette tradition est une aubaine pour les confiseurs, même si, depuis quelques années, il est devenu de plus en plus commun de s’acheter du chocolat plutôt que de le distribuer à la ronde.

(Voir notre article lié : La Saint-Valentin au Japon)

La Saint-Valentin est un festival des chocolats au Japon
La Saint-Valentin est un festival des chocolats au Japon

(Photo de titre : des singes faisant trempette dans les eaux d’une source chaude à Jigoku-dani, dans la préfecture de Nagano. Pixta)

hiver tradition culture saison