Du positif dans les exportations
La patate douce évolue avec les goûts des consommateurs. Selon le Ministère de l’agriculture, la variété la plus cultivée en ce moment est la beni haruka qui a une consistance plutôt moelleuse. La région de Tokyo et ses environs favorisent la beni azuma avec sa consistance plus farineuse, tandis que la kôkei 14 gô (« kôkei numéro 14 »), avec un bon équilibre entre le farineux et le moelleux, est populaire dans le Kansai (Osaka et ses environs) et dans la partie sud de l’île de Kyûshû. Il existe aussi des variétés régionales à base du kôkei 14 gô comme la gorôjima kintoki (préf. Ishikawa), la naruto kintoki (préf. Tokushima), la miyazaki beni (préf. Miyazaki), et la beni satsuma (préf. Kagoshima).
La patate douce annô-imo, qui a engendré le boom actuel, nous vient de Tanegashima (préf. Kagoshima), où l’on a adapté une variété importée d’Indonésie après la guerre. Constatant l’augmentation de la demande et la nécessité de mettre en place un système adéquat de ventes, deux variétés sont retenues en 1998 ; l’annô beni à peau rouge, et l’annô kogane, à peau jaune pâle. Les deux variétés sont inscrites en 2022 en tant que patates douces de Tanegashima dans la liste nationale des appellations, ou indications géographiques.
Face à cette envolée de la demande, Hokkaidô a aussi fortement remonté sa production de patate douce. La superficie de culture était de 100 hectares en 2023, une multiplication par 7,1 en dix ans. Durant la même période, le volume de production a été multiplié par 6,7 pour atteindre 1 870 tonnes par an. Si le réchauffement climatique a rendu possible la culture des patates douces dans la préfecture la plus septentrionale du pays, l’administration a rajouté l’aliment à sa liste de nouveaux produits stratégiques, et œuvre au renforcement de sa culture.
On remarque aussi un engouement pour les patates douces japonaises à l’étranger. Selon des chiffres compilés par le ministère de l’Agriculture à partir des statistiques d’exportation publiées par le ministère des Finances, la valeur des exportations de patates douces a été multipliée par 9,4 en dix ans, pour atteindre 2,9 milliards de yens en 2023 (18 millions d’euros). Les patates douces occupent maintenant la troisième place dans l’exportation des fruits et légumes japonais, après les fraises et les ignames de Chine. Hong Kong, la Thaïlande et Singapour représentent 90 % des exportations. La demande venant de Thaïlande s’accroît de façon particulièrement importante. Pour les producteurs japonais, cette demande venant d’Asie stimulera sans doute le marché de l’exportation de façon importante.
Froides, ou utilisées dans les confiseries nippones
Au Japon, la yaki-imo, ou patate douce rôtie, reste très populaire. « Summit », une chaîne de supermarchés qui opère à Tokyo ainsi que dans les trois préfectures voisines de Kanagawa, Chiba, et Saitama, propose la variété annô-imo et sélectionne en plus un à trois autres produits selon les saisons, comme par exemple, la beni haruka, silk sweet, naruto kintoki ou gorôjima kintoki. Les magasins prennent aussi la peine de publier les heures auxquelles les patates douces fraichement rôties sont disponibles, et selon le responsable de la publicité, « le succès est au rendez-vous et de nombreux clients viennent expressément à ces heures-là ».
À côté des yaki-imo classiques consommées surtout en hiver, la vente de yaki-imo refroidies en plein été suscite aussi de l’interêt. La grande chaîne de konbini Family Mart par exemple en propose. Il s’agit de beni haruka mûris pendant plus de 90 jours. « Les consommateurs apprécient le goût naturel de la patate douce, l’arôme de la peau rôtie et son côté doux-amer », explique un responsable de la publicité.
Les fabricants de confiserie s’y mettent également. L’entreprise Imuraya (préf. Mie) propose un yôkan (dessert en gelée) à la patate douce préparée avec des beni haruka, tandis que Matsunaga Seika (préf. Kagoshima) propose une variante de ses gâteaux « Shiruko sando » fabriquée avec de l’annô-imo locale.
De même, dans le cadre d’une campagne de promotion des produits japonais, la chaîne de cafés Tully’s Coffee Japan avait proposé en édition limitée trois cafés de saison, comme un latte à la patate douce, à la fin de l’été dernier.
Hashimoto Ayuki, président de l’Association pour la promotion des patates douces, pense qu’avec le développement et la commercialisation de nouveaux produits, « l’évolution de la patate douce vers un produit premium est en train de la faire passer d’un aliment de saison à un aliment consommé toute l’année. On peut anticiper une demande soutenue dans les années à venir ».
(Photo de titre : des patates douces rôties beni haruka. Pixta)



